Février 2026 : un mois d’escalade dans la multiplication des violences visant les Maghrébins

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3/19/20268 min read

Dans la continuité de notre bilan consacré au mois de janvier 2026, marqué par une multiplication préoccupante des violences visant les Maghrébins, nous poursuivons ici notre analyse avec un examen détaillé des faits survenus au cours du mois de février, qui s’inscrivent dans cette même dynamique d’escalade.

Le mois de février 2026 s’inscrit dans la continuité directe de la séquence observée en janvier, tout en marquant un palier supplémentaire dans la gravité et la diversité des faits recensés.

En l’espace de quatre semaines, discriminations professionnelles, propos médiatiques stigmatisants, violences physiques, campagnes de désinformation, actes islamophobes et dérives institutionnelles se sont succédé à un rythme soutenu.

Pris isolément, certains de ces faits pourraient être relégués au rang de « faits divers ». Pris dans leur globalité, ils dessinent une dynamique structurée, une banalisation progressive des violences visant explicitement les Maghrébins, accompagnée d’une normalisation des discours qui les légitiment.

Discriminations professionnelles : une pression assumée

Le 1er février, Majdouline B., infirmière d’origine maghrébine, licenciée le 10 novembre 2025 par l’AP-HP pour le port d’un calot, voit sa situation se durcir. Malgré la suspension de sa révocation par le tribunal administratif, l’AP-HP prononce une sanction de huit mois. Plusieurs infirmières évoquent une véritable « chasse aux bonnets », dénonçant des remarques répétées et des pressions ciblées.

Une chirurgienne, Myriam, indique avoir également été rappelée à l’ordre, alors même que le port du calot est indispensable au bloc opératoire.

Le même jour, le cabinet Magellan Partners perd son contrat avec la ville de Grigny après le licenciement de femmes voilées. En réaction, plusieurs responsables d’entreprises d’origine maghrébine annoncent avoir rompu toute collaboration professionnelle.

Ces deux affaires traduisent une réalité de plus en plus documentée, des pratiques discriminatoires assumées dans le monde du travail.

Discours politiques et médiatiques : une stigmatisation décomplexée

Le 5 février, le tribunal correctionnel de Lyon condamne Marion Maréchal pour diffamation publique envers un établissement privé musulman, après avoir établi un lien infondé avec le terrorisme et évoqué un prétendu « projet d’islamisation de la France et de l’Europe ».

Le 7 février, après l’annonce de la démission de Sonia Mabrouk, des soutiens de CNews se félicitent de son départ en ciblant explicitement son origine : « Une arabe en moins », « Moins de Ummah à CNews ».

Ces mêmes soutiens défendent simultanément Jean-Marc Morandini, pourtant condamné pour corruption de mineurs. Un schéma similaire avait déjà été observé avec Zineb el Rhazoui, initialement valorisée avant d’être violemment insultée sur ses origines dès lors qu’elle s’était éloignée de certaines lignes idéologiques.

Le 11 février, l’Arcom sanctionne CNews d’une amende de 100 000 euros après les propos de l’ancienne ministre Noëlle Lenoir, assimilant des millions d’Algériens à une menace terroriste potentielle :

« Vous avez des millions d’Algériens qui présentent des risques majeurs […] qui peuvent sortir un couteau dans une gare ou foncer en voiture dans une foule. »

Le même jour, sur Europe 1, une auditrice affirme être « en résistance contre l’islam comme ses grands-parents contre les nazis », sans contradiction de Christine Kelly.

Ces séquences illustrent une banalisation avancée de propos autrefois marginaux, désormais exprimés dans des espaces médiatiques de grande audience.

Attentat de Puget-sur-Argens

Le 9 février, Christophe Belgembe nie toute motivation terroriste concernant l'assassinat du Tunisien Hichem Miraoui, tué de cinq balles à Puget-sur-Argens.

L’auteur revendiquait pourtant explicitement son acte sur Facebook le soir de l'attentat :
« Je viens de tirer partout. J’viens de niquer du bicot […] J’veux que la France se réveille. »

Il avait ouvert également le feu sur d’autres voisins, blessant un homme de nationalité turque, et appellait à reproduire ce type d’attaques.

Malgré ces éléments accablants, il tente de requalifier les faits en « conflit de voisinage » et cherche à salir la mémoire de la victime.

L’instruction révèle pourtant que Hichem Miraoui cherchait à déménager depuis plusieurs mois, se sentant en danger en raison de la proximité de son agresseur.

Ce cas démontre une autre problématique récurrente : la difficulté persistante à qualifier clairement certains actes comme terroristes lorsqu’ils visent des Maghrébins ou d'une manière générale les Musulmans.

Une affaire hors norme : Jacques Leveugle, 55 ans de crimes

Le 11 février, les autorités lancent un appel à témoins concernant Jacques Leveugle, pédocriminel né en 1946 à Annecy, pour des faits commis entre 1965 et 2022.

L’enquête fait état d’au moins 89 victimes. Il est également mis en cause pour deux homicides, ayant tué sa mère et sa tante.

Durant plus de 55 ans, il a exercé comme éducateur, moniteur ou enseignant, notamment en France, mais aussi au Maroc et en Algérie.

























Il aurait étudié au lycée Gouraud de Rabat (actuel lycée Hassan II), puis enseigné à Lakhdaria entre 1969 et 1971. Des témoignages et archives photographiques permettent d’identifier plusieurs personnes ayant été en contact avec lui.

Il aurait également exercé à Oued Isser et résidé plus récemment à Khénifra à partir de 2012, sous couvert d’activités humanitaires.

Les victimes seraient majoritairement issues de milieux défavorisés, ce qui aurait facilité son emprise psychologique.

Cette affaire d’une gravité exceptionnelle met en lumière un angle mort persistant : la focalisation médiatique sélective, contrastant avec l’ampleur réelle de certains crimes.

Désinformation et accusations ciblées

Le 12 février, une affaire présentée comme une agression antisémite imputée à des Maghrébins est démentie par l’enquête. La supposée victime avait elle-même exhibé un couteau.

Le 14 février, la députée RN Catherine Rimbert affirme qu’un lycée aurait reçu une « fatwa ». Les investigations révèlent qu’il s’agit d’un individu opérant sous fausse bannière via des comptes Pronote piratés, avec un mode opératoire similaire à des faits survenus en 2024.

Le 23 février, une altercation au Salon de l’Agriculture est attribuée à tort à des Maghrébins avant d’être corrigée.

Ces cas révèlent un mécanisme récurrent : accusation immédiate, rectification tardive, impact durable sur l’opinion.

Mosquées et lieux de culte : des cibles répétées

Le 15 février, la mosquée Koba de Lyon est de nouveau vandalisée (croix gammées, croix celtiques, tags injurieux), pour la quatrième fois en moins de deux ans.

Le 22 février, des tags islamophobes sont découverts sur le chantier d’une mosquée à Coignières.

Ces attaques répétées traduisent une inscription durable des lieux de culte musulmans dans le spectre des cibles.

Radicalisation et menaces terroristes

Le 18 février, Serge Laplanche, militant RN, se retranche à son domicile et attaque les forces de l’ordre à la grenade. Son interpellation par le RAID permet la découverte d’une quinzaine d’armes et de milliers de munitions. Ses publications évoquent une « guerre civile » et appellent à l’« extermination ».

Malgré cela, le procureur affirme qu’il « n’était pas radicalisé », une appréciation qui interroge.

Le même jour, Florence Bergeaud-Blackler attribue sans preuve la mort de Quentin Déranque à « l’islamisme ».

Le 27 février, un individu radicalisé diffuse des vidéos insultant les Maghrébins et ciblant des profils visibles, présentant un risque de passage à l’acte.

Violences physiques et passages à l’acte

Le 19 février, Olivier, 50 ans, est poursuivi pour sept tentatives de meurtre après avoir attaqué trois adolescents, possiblement d’origine maghrébine, puis quatre policiers à Toulouse.

Le 28 février, deux pompiers sont révoqués, concernant l'agression de Mehdi, jeune sapeur-pompier d’origine maghrébine, victime d’agressions, d’insultes racistes, qualifié de « bougnoule », de menaces au couteau et d’humiliations dans sa caserne de Gigean. Un agent de police municipale participe aux faits. Sa sœur de 10 ans est ciblée par des montages pédocriminels diffusés dans un groupe nommé « Fight Club ».

Une enquête pénale est ouverte. La hiérarchie est accusée de ne pas avoir signalé les faits.

Climat de haine collective

Le 21 février, lors de la marche en hommage à Quentin Déranque à Lyon, organisée par Aliette Espieux, compagne du néonazi Eliot Bertin (fondateur de Lyon Populaire), des participants scandent : « Sale bougnoule », « sale race de merde ».

Le 22 février, Éric Zemmour qualifie ces propos de « critique légitime ».

Le 25 février, des tags racistes « Arabe dehors », « Génocide mérité » apparaissent à l’université Bordeaux-Montaigne.

Le 26 février, d’autres inscriptions racistes et néonazies sont relevées à Saint-Didier-au-Mont-d’Or.

Le même jour, Vincent Claudin, l'ami proche de Quentin Deranque, est licencié du RN après des propos visant les Maghrébins, les qualifiants notamment de « bougnoules ».

Le 27 février, Toufik Khiar, candidat au Kremlin-Bicêtre, est la cible de propos racistes répétés, y compris en conseil municipal.

Violences, drames et actes criminels

Le 25 février, à Grenoble, une boucherie halal « Chez Haje », située rue Nestor-Cornier est détruite par un incendie dont la piste criminelle est privilégiée.

Selon plusieurs témoignages, des riverains auraient aperçu deux individus jeter un objet incendiaire avant de prendre la fuite, alors que les flammes commençaient à ravager le commerce aux alentours de 2 heures du matin.

Deux jours plus tard, le 27 février, une boucherie halal à Limoux est également détruite dans un incendie survenu vers 5h30, en plein mois de ramadan.

D’après les éléments recueillis auprès du propriétaire, l’établissement avait déjà été visé par des actes de vandalisme et des dégradations étaient visibles sur la grille de protection.

Ces deux incendies rapprochés, visant des commerces halal, s’inscrivent dans un contexte déjà marqué par une multiplication des actes islamophobes.

Le 26 février, à Libercourt, Rachid, père de trois filles, d'origine Marocaine, et dont l’épouse attendait un quatrième enfant, est tué dans un choc frontal alors qu’il se rendait au travail vers 2h30 du matin.

Le véhicule en cause, une Audi A3 conduite par Denis, Gino et Mathéo, circulait à une vitesse estimée à 150 km/h sur une route limitée à 50 km/h, après avoir brûlé un feu rouge.

Décrit comme un homme « très respectable », vivant paisiblement avec sa famille, il a perdu la vie à quelques centaines de mètres de son domicile.

Une dynamique qui se confirme

Le 13 février, il est rappelé que les actes islamophobes ont augmenté de 88 % en 2025, un record historique, selon le ministère de l'intérieur.

Le mois de février confirme une tendance, les violences augmentent, se diversifient et touchent tous les espaces : travail, médias, institutions, rue, lieux de culte.

Un constat lucide concernant l’organisation

L’accumulation des faits sur un seul mois impose une conclusion claire. Les agressions se multiplient. Elles se normalisent. Elles s’inscrivent dans des logiques de plus en plus décomplexées.

La documentation des faits, l’accompagnement juridique, la structuration des réseaux d’alerte et la solidarité deviennent des impératifs.

Dans le même temps, une réalité persiste : une partie de la communauté continue de se disperser dans des débats secondaires, au détriment d’une prise de conscience stratégique.

Les signaux sont pourtant clairs.

L’histoire montre que les phases de banalisation précèdent des seuils plus graves.

Février 2026 ne constitue pas un simple prolongement. Il marque une accélération.