Janvier 2026 : un mois de bascule dans la multiplication des violences visant les Maghrébins

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2/17/20265 min read

Le mois de janvier 2026 restera comme une séquence particulièrement préoccupante pour les citoyens d’origine maghrébine en France.

En l’espace de quatre semaines, insultes publiques, agressions physiques, homicides à caractère raciste, discriminations institutionnelles et décisions judiciaires controversées se sont succédé à un rythme inhabituel.

Pris isolément, certains de ces faits pourraient être relégués au rang de « faits divers ». Pris dans leur globalité, ils dessinent une tendance lourde : une banalisation progressive de la violence verbale et physique visant explicitement les Maghrébins.

Des nourrissons pris pour cible : la haine dès la naissance

Le 2 janvier, moins de vingt-quatre heures après sa naissance, Zaïd, présenté comme le « premier bébé de 2026 à Avignon », devient la cible de centaines de commentaires racistes :

« On aurait dû l’avorter », « un petit gnoul », « un terroriste en puissance ».

Un second nourrisson, Maryam, subit un acharnement similaire. Face à plus d’un millier de messages haineux visant exclusivement ces deux prénoms à consonance maghrébine, le quotidien La Provence est contraint de désactiver les commentaires.

Ce premier épisode donne le ton, la haine n’épargne plus aucun âge, aucun contexte, aucune innocence.

Tags racistes et profils radicalisés

Le 8 janvier, un homme de 28 ans, déjà mis en cause dans une affaire de pédocriminalité, est condamné pour avoir apposé une trentaine de tags visant des familles d’origine maghrébine, les accusant d’être « des pédocriminels » et des « trafiquants ».

Ironie tragique : il est lui-même mis en examen pour des faits de pédocriminalité et identifié comme consommateur régulier de drogues.

Les dégradations, estimées à plus de 13 000 euros, ont touché des murs classés monuments historiques. Trois jours après son jugement, il récidive.

Le meurtre d’Ismaël Aali : un crime raciste confirmé

Le corps d’Ismaël Aali, 20 ans, d'origine Marocaine, est retrouvé dans un étang à Loire-sur-Rhône le 8 janvier. Le suspect, âgé de 21 ans, est placé en détention provisoire pour meurtre « en raison de la race, de l’ethnie, de la nation ou de la religion ».

Fils unique, orphelin de père, Ismaël avait quitté Chalon-sur-Saône pour chercher un emploi. Il aurait rencontré son meurtrier dans ce contexte.

La famille dénonce un manque d’informations de la part de la justice. Selon l’avocat, le juge d’instruction aurait déclaré qu’il « n’était pas nécessaire de le solliciter tous les jours ». Une phrase vécue comme un mépris supplémentaire.

Agressions physiques et violences assumées

Le 10 janvier à Angers, un homme d'origine maghrébine est violemment agressé pour avoir porté une djellaba. Son agresseur revendique son geste : « J’ai fait ce que j’avais à faire. » Il écope de huit mois avec sursis.

À Décines-Charpieu, un adolescent de 17 ans est passé à tabac par trois individus cagoulés aux cris de « Sale Arabe, sale Musulman ». Son visage est lacéré au rasoir.

À Châteaurenard, un homme tire au fusil de chasse sur le véhicule d’ouvriers maghrébins.

À Nantes, une aide médico-psychologique insulte un père de famille à la CPAM et le gaze.

À Toulouse, un homme armé force la porte de deux étudiants maghrébins en criant : « On ne veut pas d’étrangers. »

À Geispolsheim, Florian Duplouis est condamné à 18 ans de prison pour avoir tranché la gorge de Nagib Mebarki, persuadé qu’il était un « terroriste » parce qu’il parlait arabe et était d'origine algérienne.

Institutions, non-lieux et qualifications écartées

Le 15 janvier, la justice écarte toute qualification raciste dans le meurtre de Djamel Bendjaballah, malgré des années d’insultes documentées.

Le 16 janvier, un non-lieu est prononcé dans la tentative d’incendie de la mosquée de Morlaix.

Le 20 janvier, la justice clôt définitivement le dossier Myriam Sakhri, gendarme d’origine algérienne morte en 2011 dans des circonstances controversées, malgré des zones d’ombre persistantes.

Le même jour, Ahmed est condamné à un an de prison pour avoir défendu son épouse lors d’une agression raciste.

Ces décisions nourrissent un sentiment d’inégalité de traitement chez de nombreux citoyens d'origine maghrébine.

Discriminations et climat délétère

Le 26 janvier, une employée révèle qu’un directeur d’agence refuse de louer « aux barbus », affirmant que « les Maghrébins ne paient pas leur loyer ».

Une étude confirme que les candidats perçus comme maghrébins ont 55 % de chances en moins d’obtenir un logement.

Le 29 janvier, Samia, disposant de 4 000 € nets mensuels, témoigne avoir vu ses dossiers systématiquement refusés en raison de son prénom.

Dans le même temps, des représentants commerciaux du secteur éducatif, des youtubeurs médiatiques et d’anciens militaires condamnés pour pédocriminalité diffusent ouvertement des propos racistes sur les réseaux sociaux, qualifiant les Maghrébins de « parasites », « rats » ou appelant à leur « élimination ».

Mosquées vandalisées et climat de tension

Mi février, la mosquée Koba de Lyon est à nouveau vandalisée : croix gammées, croix celtiques et tags injurieux.

Il s’agit de la quatrième attaque en moins de deux ans.

Ce nouvel acte intervient dans un climat tendu, marqué par la mort de Quentin, militant identitaire décédé lors d’une rixe avec des antifascistes. Bien que la communauté maghrébine et musulmane n’ont aucun lien avec ces faits, l’histoire récente montre que les amalgames peuvent rapidement se transformer en représailles symboliques ou matérielles.

Une augmentation structurelle des actes

En 2025, les actes islamophobes recensés ont augmenté de 88 % en un an, la progression la plus rapide jamais enregistrée. Ce chiffre, déjà alarmant, est probablement sous-évalué, de nombreuses victimes ne déposant pas plainte. Janvier 2026 confirme que la dynamique ne s’inverse pas.

Silence politique et réaction tardive

Au cœur de cette séquence, l’absence initiale de prise de parole de la ministre chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a été remarquée. Ce n’est qu’après la médiatisation internationale des faits concernant le petit Zyed, qu’une communication est intervenue. Pour le reste des affaires citées, un silence assourdissant, tant du coté du gouvernement que médiatiquement.

Si cette déclaration tardive est prise en acte, elle n’a pas dissipé un sentiment diffus : celui d’un manque de relais institutionnel clair face à la multiplication d’agressions ciblant explicitement les Maghrébins.

Un constat lucide concernant l’organisation

L’accumulation des faits en un seul mois impose une conclusion lucide. Les agressions augmentent. Elles se diversifient.

Elles touchent tous les milieux : école, logement, travail, rue, services publics, lieux de culte.

La documentation des faits, l’entraide communautaire structurée, l’accompagnement juridique des victimes et le renforcement des réseaux d’alerte deviennent des impératifs.

Cependant, une autre réalité doit être posée avec honnêteté : une partie de la communauté continue de se disperser dans des débats futiles sur les réseaux sociaux, s’épuisant dans des polémiques secondaires, pendant que les signaux d’alerte s’accumulent.

Seuls ceux qui prennent la mesure de la gravité de la situation comprendront que le moment n’est plus à la distraction permanente, mais à la consolidation, à la vigilance et à l’organisation.

L’histoire récente enseigne une chose : les périodes de banalisation précèdent souvent des paliers plus graves.

Janvier 2026 n’est pas un accident statistique, mais bien un avertissement.