Affaire Shemseddine : les deux principaux accusés remis en liberté, la colère de la famille

Plus de deux ans après le meurtre de Shemseddine, 15 ans, tué à Viry-Châtillon après avoir été roué de coups à la sortie de son collège, les deux derniers accusés encore détenus ont été remis en liberté.

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7/11/20264 min read

Selon les informations d'Europe 1, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a constaté que les deux mis en cause étaient désormais détenus « sans titre », conséquence directe d'un vide juridique concernant la détention provisoire des mineurs renvoyés devant une cour d'assises.

Cette situation trouve son origine dans une décision du Conseil constitutionnel du 29 juin 2025, qui avait laissé au gouvernement et au Parlement jusqu'au 1er juillet 2026 pour adapter la législation. Faute d'avoir modifié les textes dans les délais impartis, plusieurs procédures criminelles impliquant des mineurs se sont retrouvées dans une situation d'incertitude juridique.

Une affaire qui avait profondément marqué

Le 4 avril 2024, Shemseddine, 15 ans, était violemment agressé à quelques mètres seulement du collège Les Sablons, à Viry-Châtillon. Attiré dans un guet-apens, il était roué de coups par plusieurs individus avant d'être transporté dans un état critique à l'hôpital. Il succombait le lendemain d'un traumatisme crânien.

Très rapidement, les premières hypothèses évoquant une rixe entre quartiers ont été abandonnées.

L'enquête a établi que les deux frères mis en cause avaient découvert que leur sœur échangeait avec plusieurs garçons de son âge. Craignant pour « l'honneur » et la réputation de leur famille, ils avaient demandé à plusieurs adolescents de ne plus entrer en contact avec elle, mais seul Shemseddine a été pris pour cible physiquement.















(Les deux principaux suspects, qui avaient été identifiés par la plateforme en 2024, sont actuellement en liberté.)

Pourtant, selon plusieurs témoignages recueillis à l'époque par Tajmaât (en intégralité ici), Shemseddine n'entretenait aucune relation amoureuse avec la jeune fille. Les deux adolescents étaient simplement camarades et avaient participé, plus d'un an auparavant, à une courte vidéo humoristique avec d'autres collégiens. Shamseddine a ainsi été tué pour une simple vidéo, tournée plus d'un an auparavant, dans laquelle il apparaissait simplement aux côtés de la jeune fille.

Le jour des faits, les suspects lui auraient indiqué vouloir simplement « discuter ». Quelques instants plus tard, l'adolescent était violemment passé à tabac dans le hall d'un immeuble situé à une centaine de mètres de son établissement scolaire.

Des témoignages évoquent un mobile raciste

Au lendemain du drame, plusieurs témoins avaient affirmé avoir entendu certains membres du groupe se vanter de l'agression, en prononçant notamment des propos tels que : « C'est pas grave, c'est un Arabe. »
















Le cousin de Shemseddine évoquait également une attaque ciblée, estimant que son cousin avait été désigné et qu'il ne s'agissait nullement d'une altercation spontanée.

Des vidéos de leur libération provoquent une vive émotion

Quelques heures seulement après leur remise en liberté, plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent les deux accusés accueillis par leurs proches dans une ambiance de célébration.















Sur l'une de ces vidéos, l'un des jeunes est qualifié de « la brute », avant qu'un proche ne lui lance : « La brute, je t'aime. »

Ces images ont suscité une profonde indignation, notamment auprès de la famille de Shemseddine.

L'avocate de la mère de la victime estime que ces vidéos traduisent une absence de prise de conscience de la gravité des faits reprochés ainsi qu'un sentiment d'impunité.

Une liberté sous contrôle judiciaire

Les deux accusés, désormais majeurs mais mineurs au moment des faits, restent placés sous contrôle judiciaire.

Ils ont interdiction de se rendre dans le département de l'Essonne, d'entrer en contact avec les autres mis en examen et de détenir une arme.

En revanche, aucune obligation de pointage régulier ni aucun bracelet électronique ne leur ont été imposés.

« J’ai perdu confiance en la justice »

Cette remise en liberté intervient quelques mois après une autre décision judiciaire qui avait profondément bouleversé les proches de la victime.

En mars dernier, la qualification d'« assassinat » avait été requalifiée en « coups mortels en réunion », une décision qui avait suscité la colère de la famille.

« Cette décision est tout simplement révoltante, a déclaré au Point, Me Pauline Ragot, l’avocate de la famille de Shemseddine. Comment peut-on de la sorte confisquer le débat sur l’intention de tuer, et même sur la préméditation, qui devrait avoir lieu contradictoirement devant la cour d’assises ? (…) Battre à mort un enfant, à plusieurs, en lui assénant une rafale de coups de pied et de poing en pleine tête, donc sur des zones vitales, traduit une intention de tuer. La jurisprudence est pourtant très claire sur ce sujet »

Aujourd'hui, la remise en liberté des deux principaux accusés constitue une nouvelle épreuve pour la mère de Shemseddine, qui devra désormais attendre la tenue du procès pour que les responsabilités pénales de chacun soient définitivement examinées.

Un énième tollé dans ce dossier judiciaire qui ne compte donc plus aucun suspect en détention.

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