Sarrians : 34 ans après le meurtre de Bouziane Ben Abdeslam, l’enquête rouverte
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Il ne reste presque plus personne, à Sarrians, pour se souvenir de ce matin du 19 mars 1991. Les gyrophares, les rubans de sécurité et la rumeur d’un meurtre se sont estompés avec le temps. En plus de trente ans, le paysage de cette petite commune du Vaucluse a profondément changé. Là où s’étendait autrefois un terrain vague se dresse aujourd’hui un ensemble résidentiel bordant l’avenue Agricol-Perdiguier.
C’est pourtant à cet endroit qu’avait été découvert le corps de Bouziane Ben Abdeslam, 33 ans, père de famille poignardé à mort. Si ce crime, jamais élucidé, s’est progressivement effacé de la mémoire collective, il continue de hanter les proches de celui que beaucoup surnommaient « Ben ».
Une famille marquée par l’absence
Sa fille aînée, Leïla, a grandi avec cette absence et une détermination intacte : comprendre ce qui s’est réellement passé. Elle se souvient avoir découvert la vérité alors qu’elle n’avait que douze ans. En fouillant dans un placard chez sa mère, elle tombe sur un dossier contenant une coupure de presse relatant la découverte d’un corps à Sarrians. Elle comprend alors qu’il s’agit de son père.
Cette révélation constitue un choc brutal. À l’école, la concentration devient difficile, tandis que sa petite sœur, encore enfant, est elle aussi profondément marquée par cette disparition. La colère et l’incompréhension laissent progressivement place à une volonté : connaître la vérité et obtenir justice.
Un crime dont les circonstances restent floues
Les faits remontent à la nuit du 18 au 19 mars 1991. Bouziane Ben Abdeslam est retrouvé au petit matin dans un pré situé devant le cabanon où il vivait en colocation, à Sarrians. Son corps porte des traces de coups au visage ainsi que de multiples blessures au couteau dans le dos.
À l’époque, aucun ennemi connu ne lui est attribué et rien, dans sa vie personnelle, ne semble pouvoir expliquer une telle violence. Les circonstances précises du meurtre demeurent donc largement inexpliquées.
Le portrait d’un homme apprécié
Ceux qui l’ont connu décrivent un homme serviable et discret. Bouziane Ben Abdeslam vivait de petits boulots, notamment dans le bâtiment et les pépinières de la région.
Dans cette commune où peu de Maghrébins maîtrisaient parfaitement le français écrit, il rendait également de nombreux services à d’autres membres de la communauté. Il aidait à traduire des documents administratifs ou à rédiger des courriers. Un rôle d’entraide qu’il assumait volontiers.
Une enquête initiale sans résultat
Au cours de l’enquête menée dans les années 1990, son colocataire est brièvement placé en détention provisoire durant six mois. Les investigations ne permettent toutefois pas d’établir sa responsabilité et un non-lieu est prononcé en 1997.
Faute de preuves suffisantes, l’affaire finit par s’enliser et rejoint la longue liste des dossiers non élucidés.
Des années de démarches pour relancer l’affaire
Malgré l’absence de réponses, la famille ne renonce pas. Dès l’adolescence, Leïla décide de poursuivre les démarches entamées par sa mère. À sa majorité, elle prend le relais et entreprend de multiples actions pour tenter d’obtenir la réouverture du dossier.
Elle s’intéresse aux procédures judiciaires, écrit à plusieurs reprises à la justice et contacte différents cabinets d’avocats. Pendant longtemps, les réponses restent les mêmes : sans élément nouveau, la réouverture de l’enquête paraît impossible.
L’intervention d’un cabinet spécialisé dans les cold cases
En 2023, un cabinet parisien spécialisé dans les affaires non résolues accepte finalement d’examiner le dossier. Les avocats entreprennent alors un travail approfondi afin d’identifier d’éventuelles pistes négligées ou de nouveaux éléments susceptibles de relancer l’enquête.
Trois ans plus tard, leurs démarches aboutissent : le 26 janvier 2026, la procureure de Carpentras décide officiellement de rouvrir le dossier.
De nouveaux éléments et témoignages
Cette décision repose notamment sur l’existence d’éléments présents dans le dossier initial qui n’avaient jamais été pleinement exploités. De nouveaux témoignages viennent également alimenter les investigations.
La Brigade de recherches de Carpentras est désormais chargée de reprendre les investigations afin d’examiner l’ensemble de ces pistes.
La piste Francis Heaulme étudiée
Parmi les hypothèses examinées figure celle de Francis Heaulme. Le tueur en série avait été mis en examen pour un autre crime commis en août 1989 dans une commune voisine, à Bédarrides.
S’il avait initialement reconnu le meurtre de Jean-Joseph Clément, avant de se rétracter, sa présence dans la région à cette période conduit les enquêteurs à vérifier si un lien pourrait exister avec l’affaire Bouziane Ben Abdeslam.
L’espoir de faire enfin la lumière sur ce crime
La réouverture de l’enquête ravive l’espoir des proches de la victime. Après plus de trois décennies d’attente, ils espèrent que les nouvelles investigations permettront enfin de comprendre les circonstances du meurtre et d’identifier le ou les responsables.
Pour la famille, cette décision constitue déjà une première victoire dans un combat mené depuis plus de trente ans pour que la mémoire de Bouziane Ben Abdeslam ne sombre pas dans l’oubli.