Paris : « six ans de racisme » dans la Garde républicaine, un gendarme porte plainte

Un gendarme de 29 ans dénonce six ans de discriminations racistes au sein de la Garde républicaine. Une plainte a été déposée, une enquête est ouverte à Paris.

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4/5/20263 min read

Au sein d’une caserne de la Garde républicaine à Paris, un gendarme de 29 ans, désigné sous le prénom de Ryan*, affirme avoir été victime de discriminations et de propos racistes pendant plusieurs années. L’affaire a pris une nouvelle dimension après la découverte d’une lettre à caractère raciste déposée directement dans sa boîte aux lettres.

« Aucun civil ne peut avoir accès aux boîtes aux lettres », souligne-t-il, insistant sur le caractère strictement sécurisé de l’enceinte, qui accueille près de trois cents officiers et officières bénéficiant d’un logement de fonction.

Le message, imprimé en majuscules, était explicite : « On est en France ici habille-toi comme tel sale bougnoule », en référence à une tenue traditionnelle algérienne portée la veille lors d’un mariage, en dehors de ses heures de service, rapporte Mediapart.

Un événement déclencheur dans un climat déjà dégradé

La veille des faits, Ryan et son épouse, Anissa*, également gendarme, s’étaient rendus à une cérémonie. « Elle était habillée avec un manteau noir et un pantalon. J’avais un haut traditionnel algérien avec un bas de costume », relate-t-il.

À leur retour, une collègue leur signale les nombreux « regards » portés sur leurs tenues. Le lendemain, la découverte de la lettre constitue, selon lui, un point de rupture : « Ça fait six ans que je subis directement de la discrimination et du racisme. J’ai l’impression que tous les jours je dois me racheter une réputation. »













Des propos et comportements dénoncés dès son arrivée

Ryan évoque un climat hostile installé dès ses débuts au sein de l’institution. Il se souvient notamment de son « premier rendez-vous » avec son commandant : « Je n’ai pas su si je venais de vivre un sketch ou si vraiment, j’allais subir ça dans les prochaines années de ma carrière. »

Selon ses déclarations, ce dernier lui aurait tenu plusieurs propos : « J’ai pas envie de te voir en djellaba dans la caserne » ; « Tu me tombes pas dans les bras pendant le ramadan », avant de lui adresser ce qu’il décrit comme un conseil « amical » : « Je vais te demander de te faire très petit et de t’acclimater. »

Ce premier échange aurait rapidement laissé place à une « suspicion permanente ». Le gendarme affirme avoir été confronté à des remarques récurrentes, notamment après une intervention : ses collègues lui auraient demandé s’il connaissait un individu interpellé « parce qu’il parlait arabe ». Il dénonce également des contrôles répétés visant ses visiteurs, « contrôlés comme des délinquants ».

Une plainte déposée et une enquête ouverte à Paris

Face à cette situation, Ryan a déposé plainte le 17 décembre 2025 pour harcèlement moral et diffamation non publique notamment. Il a été entendu le 21 janvier 2026, selon une source proche du dossier.

« Une enquête est en cours », a confirmé la gendarmerie nationale. Celle-ci a été ouverte par le parquet de Paris, à la suite de la plainte du militaire, qui dénonce « six années de racisme ».

Son avocat, Me Seydi Ba, s’est vivement exprimé sur cette affaire : « Servir la France pendant toutes ces années n’a pas protégé mon client du racisme au sein même de son institution. Si le racisme frappe jusque-là, il frappe partout. »

La réponse institutionnelle de la gendarmerie

Contactée, la gendarmerie nationale rappelle avoir mis en place un plan d’action interne fondé sur une politique de « tolérance zéro » à l’égard des comportements discriminatoires.

Elle met en avant l’existence d’un « réseau de prévention et d’accompagnement avec des référents égalité-diversité ainsi que des plateformes et dispositifs de signalement ». Elle souligne également la création de l’Observatoire de la Gendarmerie pour l’Égalité et contre les Discriminations (OGED), chargé de lutter contre les harcèlements, discriminations et violences, tant en interne que dans le cadre des missions de sécurité.

L’institution affirme par ailleurs que « les signalements sont immédiatement traités ».