Mort de Louis : l'impossible remise en question de ceux qui accusent toujours l'immigration

ACTUALITÉS

7/3/20267 min read

La mort du jeune Louis à Narbonne a suscité une vive émotion. Un rassemblement en son hommage a réuni de nombreuses personnes venues exprimer leur tristesse et leur soutien à sa famille.

Pourtant, une nouvelle fois, ce drame a été utilisé par certains pour désigner les Maghrébins comme responsables, malgré les éléments connus de l'enquête.

Lors d'un reportage réalisé par Vincent Lapierre, une participante au rassemblement a ainsi déclaré :

« C'est à cause de l'immigration, un problème d'enracinement. Ils se tournent vers une culture barbare importée par une culture extra-européenne (...) Ils se dirigent vers la culture dominante liée à l'immigration, c'est une assimilation à l'envers qui a mené à une barbarie. »

Ces propos démontrent une volonté de rattacher systématiquement certains faits à l'immigration, indépendamment des faits établis.

Les faits contredisent pourtant cette accusation

Les informations disponibles indiquent que les auteurs présumés ne sont ni maghrébins ni musulmans. Ils portent des prénoms et des noms de famille français et sont des adolescents placés au sein de l'Aide sociale à l'enfance (ASE).










Dans ces conditions, prétendre que ce drame serait la conséquence de l'immigration ou de la culture maghrébine ne repose sur aucun élément objectif.

Cette réaction traduit une difficulté, chez certains, à accepter que des criminels puissent également être issus de leur propre société.

Lorsqu'aucun étranger n'est impliqué, la responsabilité est malgré tout renvoyée vers les Maghrébins ou l'immigration, comme si ces derniers devaient systématiquement servir de boucs émissaires.

La théorie de « l'assimilation à l'envers » : une explication idéologique qui ne résiste pas aux faits

Lors de son analyse de cette affaire, François Bousquet va encore plus loin en affirmant que les auteurs se seraient « assimilés à l'envers ».

Selon lui, ils auraient adopté les codes de leurs prétendus « bourreaux », en reprenant un langage qu'il qualifie de « racaille », en utilisant des expressions comme « wallah », en cherchant à prouver leur « virilité » en « tapant d'autres Blancs », au point d'avoir oublié qu'ils étaient français. Il s'interroge ainsi sur les raisons qui les auraient conduits à « épouser la culture de l'adversaire, les mimiques de l'adversaire ».










Il évoque également la notion de « hagra », qu'il présente comme une forme d'humiliation importée, estimant que ces jeunes auraient intériorisé un « chemin mental » étranger à leur culture et auraient fini par adopter une « sous-culture ».

Une telle lecture est profondément contestable. Elle consiste à transformer des comportements délinquants et criminels en caractéristiques culturelles.

L'instrumentalisation du terme « hagra » est tout aussi erronée. François Bousquet le présente comme un élément culturel associé à une forme d'humiliation revendiquée.

Or, cette interprétation est à l'opposé de son véritable sens, la hagra désigne précisément une injustice, un abus de pouvoir ou un comportement oppressif.

Ce terme est employé pour dénoncer celui qui dépasse les limites et traite autrui de manière injuste, non pour valoriser ou légitimer de tels agissements.

Bien au contraire, il porte une forte connotation négative et vise à condamner moralement l'auteur de l'injustice. Présenter la hagra comme une pratique culturelle assumée revient donc à inverser totalement le sens de ce mot, il ne célèbre pas l'humiliation, il la stigmatise et jette l'opprobre sur l'auteur.

C'est précisément parce que ces comportements sont réprouvés qu'ils sont qualifiés de hagra.

Les violences, les humiliations ou la criminalité ne constituent pas des valeurs de la culture maghrébine, elles y sont au contraire largement condamnées et méprisées. Présenter ces comportements comme l'expression d'une culture revient à essentialiser des millions de personnes qui n'ont aucun lien avec ces actes.

Les éléments connus de cette affaire renvoient davantage à des adolescents en grande difficulté, privés de repères, placés au sein de l'Aide sociale à l'enfance et ayant grandi dans un contexte marqué par de multiples défaillances. Pourtant, plutôt que d'interroger ces facteurs, certains préfèrent attribuer leur dérive aux Maghrébins, comme si ces derniers devaient porter la responsabilité de l'égarement de jeunes qu'ils n'ont ni éduqués, ni encadrés.

L'expression même de « culture de l'adversaire » est révélatrice. Elle suppose d'emblée que certaines cultures présentes en France seraient des cultures ennemies.

Or, le problème soulevé par cette affaire n'est pas culturel, il relève de la délinquance, de la criminalité et des défaillances institutionnelles.

Les responsabilités potentielles sont nombreuses : celles des auteurs présumés eux-mêmes, celles de leur environnement familial lorsqu'il a failli, celles des services chargés de leur prise en charge, mais aussi celles de l'État et de l'Aide sociale à l'enfance.

À cela s'ajoute le fait que Louis avait déjà déposé deux plaintes avant les faits, sans que cela n'empêche le drame. Ces éléments interrogent le fonctionnement des institutions bien davantage qu'une prétendue influence culturelle.

Enfin, tenter de présenter les cultures extra-européennes comme intrinsèquement plus violentes ou « barbares » relève d'une vision réductrice.

Aucune civilisation ne détient le monopole de la violence. Les actes de barbarie existent dans toutes les sociétés, l'histoire coloniale de la France en témoigne, tout comme notre actualité. Les dizaines de crimes et d'agressions (viols, incestes, infanticides) commis chaque jour sur notre territoire par des Français de tous milieux, éducateurs, médecins, professeurs, retraités, constituent un véritable fléau qui nous le rappelle cruellement.

Les instrumentaliser pour disqualifier une diaspora entière ne permet ni de comprendre les causes réelles des violences, ni d'apporter des réponses aux défaillances mises en lumière par cette tragédie.

Un problème qui interroge avant tout les institutions françaises

Cette affaire soulève pourtant d'autres questions bien plus concrètes.

Les auteurs étant issus de l'ASE, elle interroge le fonctionnement de la protection de l'enfance, l'accompagnement des jeunes placés, ainsi que les défaillances éventuelles des institutions chargées de leur suivi.

Au Maghreb, des actes d'une telle violence sont sévèrement condamnés et ne sauraient être considérés comme une quelconque norme culturelle. Attribuer ce crime à une prétendue « culture maghrébine » relève donc d'un raisonnement qui ne correspond ni aux faits ni à la réalité.

L'échec éventuel des politiques publiques françaises ne peut être imputé à une population qui n'a aucun lien avec cette affaire.

Deux poids, deux mesures dans la manière de désigner les responsabilités

Cette affaire met également en lumière une différence de traitement.

Lorsque l'auteur d'un délit est maghrébin, certains n'hésitent pas à mettre en cause son éducation, ses parents ou encore sa culture d'origine.

Dans cette affaire, la question de la responsabilité parentale est beaucoup plus rarement évoquée, alors même que Louis avait été confié à l'Aide sociale à l'enfance. Ce placement peut naturellement conduire à s'interroger sur les difficultés familiales ayant précédé cette décision.

Poser cette question ne revient pas à désigner automatiquement les parents comme responsables du drame, mais simplement à constater que les mêmes personnes qui invoquent systématiquement la responsabilité familiale lorsqu'un auteur est d'origine étrangère semblent beaucoup plus prudentes lorsque les personnes concernées sont françaises.

La délinquance ne possède pas de nationalité

Contrairement à certains discours, il serait tout aussi absurde d'utiliser ce drame pour accuser l'ensemble des Français.

Les médias rapportent quotidiennement des homicides, des violences intrafamiliales ou des faits particulièrement graves commis dans différentes régions de France, y compris dans les zones rurales, notamment la pédocriminalité, dont l'inceste, qui est un véritable fléau en France. Personne de sérieux n'en conclut que ces actes définissent l'ensemble de la population française.

De la même manière, des émissions comme Pascal, le Grand Frère ont longtemps montré des adolescents français particulièrement violents envers leurs proches, sans que cela ne conduise à présenter ces comportements comme représentatifs de toute une population.

Appliquer un raisonnement collectif uniquement lorsqu'un auteur est étranger ou perçu comme tel revient à adopter un double standard.

Le refus de toute remise en question

Au-delà de ce drame, cette affaire révèle une tendance plus profonde.

Pour certains, l'immigration ou la culture constituent désormais l'explication automatique de toute forme de violence, même lorsqu'aucun immigré, aucun Maghrébin et aucun Musulman ne sont impliqués.

Lorsque les faits contredisent leur récit, celui-ci n'est pas remis en cause, il est simplement adapté afin que la responsabilité continue d'être attribuée aux mêmes populations.

Cette logique empêche toute réflexion sur les véritables causes des violences, qu'elles concernent les défaillances institutionnelles, l'accompagnement de certains mineurs ou les responsabilités individuelles.

En refusant d'admettre que la criminalité peut également provenir de leur propre société, certains préfèrent transformer chaque drame en argument idéologique plutôt que d'affronter la complexité du réel. C'est précisément cette absence de remise en question qui nourrit les divisions et détourne le débat des véritables problèmes mis en évidence par cette tragédie.

Subscribe newsletter