Montgeron : un faux tract sur la mosquée place les musulmans au cœur d’une manipulation électorale
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À quelques jours du premier tour des élections municipales, une polémique secoue la commune de Montgeron (Essonne). Un faux tract usurpant l’identité de l’Association cultuelle des musulmans de Montgeron a été distribué dans les boîtes aux lettres de nombreux habitants, déclenchant l’indignation de l’association qui dénonce une tentative d’instrumentalisation de la communauté musulmane à des fins électorales.
Plusieurs plaintes doivent être déposées alors que cette affaire met en lumière l’utilisation controversée de la question des mosquées et des musulmans dans la campagne municipale.
Un faux tract distribué dans la commune
Le jeudi 12 mars, des habitants de Montgeron ont découvert dans leurs boîtes aux lettres un document présentant un prétendu soutien musulman à un projet de mosquée.
Le tract affirme notamment :
« Al-hamdu li-l-ah, la mosquée arrive enfin ! Merci à Sylvie Carillon et François Durovray pour leur aide ».
Le document comporte également des photographies de la mosquée locale ainsi que celles de la maire sortante, Sylvie Carillon (Les Républicains), et du président du conseil départemental de l’Essonne, François Durovray, tous deux engagés dans la campagne municipale.
Le tract est signé au nom d’une organisation intitulée « L’avenir avec les Musulmans de Montgeron », une structure qui n’existe pas mais qui fait clairement référence au projet d’espace de prière baptisé LIAM (L’avenir imaginé avec les Musulmans de Montgeron).
Un QR code figurant sur le document renvoie à une vidéo YouTube datant de 2022 dans laquelle la mosquée de Montgeron présentait ce projet.
L’association musulmane dénonce une usurpation
Très rapidement, l’Association cultuelle des musulmans de Montgeron a dénoncé ce document qu’elle qualifie de « faux tract » et d’« usurpation d’identité ».
Dans un communiqué, l’association affirme :
« Nous ne soutenons aucune liste ni aucun candidat et nous refusons que notre association ou les musulmans de Montgeron soient instrumentalisés dans le cadre d’une campagne électorale. »
L’association a annoncé déposer plainte contre X pour usage frauduleux de son nom et de son logo, estimant que cette manœuvre vise à troubler la tranquillité de la communauté musulmane et à porter atteinte à son honneur.
Pour ses responsables, cette opération constitue une tentative de manipulation politique reposant sur l’utilisation de la question religieuse pour influencer le débat électoral local.
Des soupçons qui se tournent vers le RN
Dans la foulée, plusieurs responsables politiques locaux ont pointé du doigt la liste d’extrême droite « Engagés pour Montgeron », menée par Stefan Milosevic.
Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, François Durovray accuse implicitement le candidat d’être à l’origine de la fabrication et de la distribution du tract.
Pour appuyer ses accusations, il évoque notamment des photographies montrant des cartons remplis de tracts à l’arrière d’une camionnette, sur lesquels apparaissent les inscriptions manuscrites « S. Milosevic Montgeron 10 11 mars ».
La maire sortante Sylvie Carillon affirme également que des militants de l’équipe de son adversaire ont été aperçus en train de distribuer ces documents dans la commune. Une vidéo montrant une scène de distribution aurait été consultée par des journalistes.
Selon l’édile, des habitants ont signalé la présence de militantes cachant ces tracts sur elles lors de la distribution.
Le candidat visé dément toute implication
Contacté, Stefan Milosevic rejette catégoriquement ces accusations.
Le candidat affirme qu’il s’agit d’une « manipulation politique à 48 heures du scrutin » et annonce son intention de porter plainte contre François Durovray.
Selon lui, le tract constituerait en réalité un « soutien politique déguisé » à la maire sortante. Il soutient également que les inscriptions visibles sur les cartons de tracts auraient pu être ajoutées par n’importe qui.
Une commande de distribution mentionnant un tract « Mosquée »
Un élément supplémentaire alimente cependant la polémique.
Selon un bon de commande obtenu par Le Parisien, une demande de distribution aurait été adressée au prestataire chargé de la livraison pour un document intitulé « Mosquée », dans le cadre de la campagne municipale de Stefan Milosevic.
Le prestataire affirme que le candidat lui aurait initialement demandé de distribuer 10 000 tracts.
Mais selon cette source, la première cargaison aurait été volée peu après le début de la distribution le 12 mars au matin. Le candidat aurait alors demandé une nouvelle impression en urgence et sollicité ses militants pour poursuivre la distribution.
Une stratégie politique autour de l’islam ?
Au-delà des responsabilités judiciaires qui devront être établies, cette affaire démontre surtout la manière dont la question musulmane peut être utilisée comme levier politique en période électorale.
Un faux tract mettant en scène un soutien enthousiaste de musulmans à la construction d’une mosquée et à certains responsables politiques peut servir plusieurs objectifs politiques.
D’une part, suggérer un soutien musulman visible à une équipe municipale peut être utilisé pour attiser la méfiance ou l’hostilité d’une partie de l’électorat, dans un contexte national où les débats autour de l’islam, des communautés et des lieux de culte sont régulièrement instrumentalisés.
D’autre part, cette mise en scène peut aussi chercher à fragiliser la mairie sortante en laissant croire à une proximité politique avec les musulmans autour d’un projet de mosquée, proximité que certains adversaires politiques présentent parfois comme problématique.
Dans les deux cas, les musulmans se retrouvent placés au centre d’une stratégie de tension politique sans y avoir pris part.
Une logique politique qui pose une question plus profonde
L'affaire soulève également une interrogation plus profonde sur la place des musulmans dans le débat public.
Le principe même de la manœuvre présumée repose sur une idée implicite, faire croire qu’un responsable politique serait soutenu par des musulmans autour d’un projet de mosquée pourrait lui nuire électoralement. Autrement dit, l’objectif serait de suggérer qu’une proximité avec des citoyens musulmans constituerait un problème politique.
Cette logique est lourde de sens. Elle revient à considérer qu’une partie des habitants, en l’occurrence les musulmans, pourrait être présentée comme un groupe dont le soutien serait suspect ou indésirable.
Pour comprendre ce que cela implique, il suffit d’imaginer une situation comparable visant une autre communauté. Si un faux tract mettait en scène des citoyens juifs remerciant un responsable politique afin de laisser entendre que celui-ci serait influencé par eux, l’opération serait immédiatement perçue comme une tentative de stigmatisation grave. Elle rappellerait des clichés anciens et dangereux présentant les juifs comme une minorité exerçant une influence occulte sur la vie politique.
Appliquée aux musulmans, cette mécanique repose sur une logique comparable : suggérer qu’un élu serait soutenu par des musulmans pour insinuer qu’il existerait une proximité suspecte.
Appliquée aux musulmans, cette mécanique produit un effet similaire, elle transforme une communauté de citoyens ordinaires en objet de suspicion politique
Une campagne marquée par la question des musulmans
Cette affaire démontre une nouvelle fois la manière dont la question des mosquées et de la présence musulmane peut être instrumentalisée dans les campagnes électorales locales.
Pour l’Association cultuelle des musulmans de Montgeron, l’enjeu dépasse largement le simple cadre d’un faux tract. Ses responsables dénoncent une tentative de manipulation politique reposant sur l’exploitation des peurs et des tensions autour de la communauté musulmane.

