Meurtre d’Hichem Miraoui : le message raciste « J’viens de niquer du bicot » versé au dossier judiciaire

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3/11/20263 min read

Le message laissé par le suspect juste après les faits fragilise sa ligne de défense.

Le 31 mai 2025, Hichem Miraoui, coiffeur Tunisien installé à Puget-sur-Argens (Var), a été abattu. Christophe Belgembe, Français de 54 ans, est poursuivi par le Parquet national antiterroriste (Pnat) pour un meurtre inspiré par les idées d’ultradroite, une qualification inédite dans ce type d’affaire.

Un élément versé récemment au dossier attire particulièrement l’attention : un message vocal laissé par le suspect sur le répondeur de son neveu immédiatement après les faits.

Dans cet enregistrement, l’homme déclare : « J’viens de niquer du bicot », avant d’ajouter : « J’veux qu’la France se réveille ».

Ce message, dont l’AFP a eu connaissance, contredit la défense du suspect, qui affirme pourtant ne pas avoir agi pour des motifs racistes.

Un assassinat et plusieurs cibles

Christophe Belgembe est en détention provisoire depuis juin 2025. Il est mis en examen pour assassinat et cinq tentatives d’assassinat « en raison d’une appartenance à une race ou religion déterminée ».

La victime, Hichem Miraoui, Tunisien, âgé de 46 ans, travaillait comme coiffeur dans la commune de Puget-sur-Argens. Douze impacts de balle ont été relevés sur son corps.

Le soir du 31 mai 2025, le suspect aurait également pris pour cibles plusieurs autres personnes. Parmi elles figurent Akif B., blessé à la main, et Halil Ibrahim T., deux hommes d’origine kurde.

Des propos racistes consignés dans l’enquête

Lors de ses interrogatoires, le suspect rejette toutefois toute motivation raciste. « On ne peut plus rien dire sans être (traité de) raciste », a-t-il affirmé, selon des propos rapportés par BFMTV.

Pour les avocats de la famille de la victime, les mots employés après le passage à l’acte sont pourtant sans ambiguïté.

« Revendiquer, juste après avoir tiré sur un homme, avoir tiré sur le “bicot” n’est pas une formule neutre : c’est un terme historiquement chargé de mépris et de racisme », souligne Mourad Battikh, avocat de la famille de Hichem Miraoui.

Selon lui, ces déclarations constituent « une violence supplémentaire » pour les proches du défunt.

Des vidéos publiées avant et après le passage à l’acte

Le message laissé à son neveu fait également écho à plusieurs vidéos diffusées par Christophe Belgembe sur ses réseaux sociaux avant et après la fusillade.

Dans l’une d’elles, publiée peu avant les tirs, il déclare :
« ce soir on dit stop aux islamiques de mes deux » et « je vais faire un petit carton ».

Après le meurtre, d’autres propos sont diffusés :
« mon âme vaut plus que ces putains de bicots ».

Dans un autre message, il menace encore :
« tenez vous à carreau les bicots parce que des mecs comme moi il va y en avoir plein ».

Ces déclarations, jugées susceptibles de susciter la terreur et troubler l’ordre public, ont conduit le Parquet national antiterroriste à se saisir du dossier.

Une défense contestée

Face aux enquêteurs, Christophe Belgembe affirme ne pas avoir voulu « troubler » son « pays », « bien au contraire ».

S’il dit aujourd’hui regretter ses actes, il n’en fournit pas d’explication claire. Lors de ses auditions, il évoque des « incivilités » dans son quartier ou encore son état d’alcoolisation au moment des faits. Il affirme également ne plus se souvenir de l’ensemble de la soirée.

Lors d’un interrogatoire récent, il aurait été confronté à plusieurs contradictions, ce qui l’aurait conduit à écourter l’échange avec les enquêteurs.

La thèse d’un acte motivé par la haine raciale

Pour David Andic, avocat des deux hommes kurdes visés, l’hypothèse d’un simple conflit de voisinage ne tient pas.

« La thèse d’une simple querelle de voisinage ne résiste pas aux faits », affirme-t-il.

Selon lui, le message envoyé immédiatement après les tirs « confirme l’état d’esprit de son auteur », notamment par l’utilisation d’un « terme raciste et déshumanisant pour désigner la victime, tout juste assassinée ».

Un arsenal important

Le soir des faits, Christophe Belgembe circulait avec quatre armes à feu et plus de 1 000 cartouches dans sa voiture. Cet arsenal était légalement détenu par cet habitué des stands de tir.

Interrogé sur le fait qu’il n’ait pas tiré sur les forces de l’ordre venues l’interpeller, il a expliqué ne pas pouvoir s’en prendre à des « compatriotes ».

Les enquêteurs lui ont alors demandé s’il lui paraissait possible de tirer sur des personnes qu’il ne considérerait pas comme telles. Le suspect a évoqué des difficultés à exprimer ses idées depuis son incarcération.

Une affaire suivie par le parquet antiterroriste

Sollicité par l’AFP, Réda Ghilaci, avocat de Christophe Belgembe, n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

L’enquête se poursuit désormais sous l’autorité du Parquet national antiterroriste, qui devra déterminer si les faits relèvent bien d’un meurtre inspiré par une idéologie d’ultradroite — une qualification encore rare dans ce type d’affaires.