Louer un appartement quand on est maghrébin : un parcours semé d’obstacles malgré un excellent dossier
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Samia (prénom modifié à sa demande) pensait que la stabilité professionnelle et la solidité d’un dossier suffiraient à accéder à un logement. Il n’en a rien été. En Occitanie, sa recherche d’abord locative, puis son projet d’achat, se sont heurtés à une série de refus inexpliqués, laissant place à un sentiment profond d’humiliation et d’injustice.
Âgée de 27 ans, née et scolarisée en France, Samia perçoit près de 4 000 euros nets par mois et dispose d’un contrat à durée indéterminée. Sur le papier, son profil correspond aux critères les plus recherchés du marché immobilier. Pourtant, chaque démarche s’est soldée par une fin de non-recevoir, rapporte LeMidiLibre.
Un malaise qui apparaît au moment du dossier
Lors de ses premières recherches en location, Samia remarque un changement d’attitude au moment de constituer son dossier.
« C’est à partir du moment où je devais décliner mon identité que j’ai senti de la méfiance, parfois même de l’agressivité », explique-t-elle. Malgré un loyer largement inférieur à ses capacités financières, les refus s’enchaînent.
Il faudra l’intervention directe de son employeur pour qu’une agence accepte finalement de revoir sa position. Une situation qu’elle décrit comme profondément dégradante, tant elle contraste avec la réalité de son parcours professionnel.
Un projet d’achat confronté aux mêmes obstacles
Un an plus tard, Samia souhaite devenir propriétaire. Son dossier est irréprochable : fiches de paie régulières, garanties bancaires, étude de faisabilité validée, accompagnement par un courtier, projet de vie stable. Malgré cela, sept agences immobilières refuseront successivement d’étudier sa demande.
Cette répétition de refus, sans justification claire, renforce son sentiment d’exclusion et confirme une impression déjà vécue lors de sa recherche locative.
Des propos révélateurs d’un climat préoccupant
Lors de certains échanges téléphoniques, lorsqu’elle ne donnait pas immédiatement son identité, Samia constatait un accueil plus détendu, parfois accompagné de propos stigmatisants visant des groupes de population. Lorsqu’elle exprimait son malaise face à ces discours, les agents minimisaient ou niaient toute intention problématique.
« J’ai eu le sentiment que certaines remarques étaient considérées comme normales, tant qu’elles restaient entre personnes supposées partager la même vision », observe-t-elle. Une expérience qui met en lumière un climat de connivence et de banalisation de pratiques pourtant prohibées par la loi.
Un phénomène documenté
Le témoignage de Samia fait écho aux données récemment publiées par SOS Racisme. Selon l’association, près de 48 % des agences immobilières accepteraient ou faciliteraient des pratiques discriminatoires dans l’accès au logement. Un chiffre qui confirme que ces situations ne relèvent pas de cas isolés, mais d’un problème structurel.
Une réussite obtenue par hasard
Finalement, c’est de manière fortuite que Samia parvient à acheter un bien, après une rencontre imprévue avec un agent immobilier dans la rue. Une issue heureuse, mais qui n’efface ni les obstacles rencontrés ni les blessures laissées par ces expériences répétées.
« Je pensais que le travail, l’engagement et la stabilité suffiraient. J’ai compris que ce n’était pas toujours le cas », confie-t-elle. Aujourd’hui, elle envisage sérieusement de quitter la France, estimant que ces pratiques traduisent un malaise plus large au sein de la société.
Une réponse institutionnelle jugée insuffisante par le mouvement communautaire
À la suite de nouvelles alertes sur les discriminations dans l’accès au logement, la ministre Aurore Bergé a rappelé que ces pratiques sont illégales et reconnu que « le chemin est encore long », annonçant une extension de la formation obligatoire des agents immobiliers. Une annonce déjà évoquée par le passé, dont l’impact concret reste, à ce jour, largement absent sur le terrain.
Pour Tajmaât et le mouvement communautaire, ces prises de parole apparaissent déconnectées de la réalité vécue. Depuis plusieurs années, notre plateforme documente, alerte et interpelle publiquement les responsables politiques sur les discriminations visant les Maghrébins, notamment dans l’accès au logement. Ces interpellations répétées sont restées sans réponse, jusqu’à aller, dans certains cas, à une mise à distance assumée, matérialisée par le blocage de notre compte sur X (ex-Twitter).
Cette invisibilisation n’a pas empêché le travail de fond. L’affaire de Zaid, nourrisson insulté pour ses origines, a été initialement révélée et portée par notre plateforme. Il aura pourtant fallu près d’une semaine de mobilisation continue, de publications et de relais communautaires pour que les autorités réagissent publiquement. Ce n’est qu’une fois l’affaire devenue impossible à ignorer qu’une prise de position officielle a été formulée par Aurore Bergé.
Cette séquence est révélatrice : les discriminations touchant les Maghrébins ne provoquent de réaction institutionnelle qu’une fois la pression médiatique et communautaire devenue trop forte pour être contenue. En amont, le silence prévaut. En aval, les annonces restent limitées et non contraignantes.
Un constat récurrent, documenté par la communauté elle-même
Le parcours de Samia démontre une réalité largement partagée au sein de la communauté : celle d’un accès au logement entravé, malgré des dossiers irréprochables et le respect strict des exigences administratives. Ces situations, loin d’être marginales, s’inscrivent dans un schéma répété, observé mois après mois.
Face à l’inaction persistante, le mouvement communautaire a dû se structurer, documenter et rendre visibles ces discriminations pour pallier l’absence de réponses institutionnelles. Tant que cette charge reposera sur les victimes et les acteurs communautaires eux-mêmes, les déclarations officielles continueront d’apparaître comme insuffisantes, voire indifférentes, face à une réalité profondément ancrée.