Haute-Loire : un enfant maghrébin visé par un tir et des insultes racistes, la colère d’un père face à un climat inquiétant

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4/27/20263 min read

À Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire, Reda, 10 ans, jouait au football avec ses amis au pied de son immeuble, comme à son habitude. Son père, Nordine, 45 ans, se trouvait au Puy-en-Velay, après avoir confié son fils à sa belle-famille dans un quartier qu’il connaît parfaitement, où il affirme n’avoir « jamais eu de problèmes de voisinage » en plus de vingt ans.

Mais l’après-midi bascule brutalement lorsqu’il reçoit un appel de sa belle-sœur : son fils vient d’être pris pour cible par un tir. « Pris de panique », il se précipite immédiatement sur place. « C’étaient les minutes les plus longues de ma vie. En fait, je pensais au pire en arrivant sur les lieux », confie-t-il.

À son arrivée, la scène est marquée par la tension. Reda est sain et sauf, mais profondément choqué : « Je l’ai vu sous le choc. Il ne parle pas, terrorisé, avec les voisins, les enfants du quartier. » Le suspect, un homme de 65 ans, a déjà été interpellé par les forces de l’ordre.

Un enfant ciblé et des propos racistes assumés

Selon le récit de Reda, il jouait avec ses amis lorsqu’il est allé récupérer un ballon au pied de l’immeuble du suspect, posté à sa fenêtre avec une carabine à plomb. « Il l’a vu avec l’arme, la carabine à plomb, rembobine Nordine. Il lui dit : Qu’est-ce que vous faites avec une arme ? Le monsieur lui rétorque : C’est mon droit d’avoir une arme et si on me fait chier, je tire. »

L’enfant ne réalise pas immédiatement le danger. Mais en revenant avec le ballon, il comprend que quelqu’un vise le groupe. « Mon fils a senti le projectile du tir passer près de lui », explique son père. L’homme aurait ensuite proféré des insultes explicitement racistes : « Dehors sales nègres, sales Arabes », des propos confirmés par deux témoins.

Pris de panique, Reda se réfugie dans l’immeuble, chez la mère d’un ami, qui alerte immédiatement la police.

Une minimisation des faits ?

Placée en garde à vue, la personne mise en cause reconnaît un tir, mais évoque un « accident ». Selon le procureur du Puy-en-Velay, relayant ses déclarations, il s’entraînait dans son garage lorsqu’il aurait été « traité de sale Français par un groupe d’enfants », assurant avoir « tiré en l’air ». Il dit avoir été « excédé par les bruits ».

Une version que la famille rejette fermement. Pour Nordine, il ne fait aucun doute que son fils a été ciblé et que les propos racistes sont centraux dans l’affaire.

Des démarches compliquées pour faire reconnaître le caractère raciste

Après les faits, Nordine accompagne son fils au commissariat, puis aux urgences. Un premier certificat médical ne mentionne aucune ITT. Mais face à l’état de choc de l’enfant, un médecin généraliste établira ensuite une incapacité totale de travail (ITT) de trois jours.

Le père découvre également que les insultes racistes n’apparaissent pas dans la première déposition. « Pris de panique avec mon fils, tout ça, je n’y pensais pas », reconnaît-il. Il tente alors de déposer un complément de plainte, d’abord refusé par les policiers au motif que le dossier est déjà transmis.

Après insistance, et avec le soutien d’associations comme SOS Racisme et le MRAP, un complément est finalement pris en compte. L’enquête porte désormais aussi sur des faits d’« injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ».

Un individu déjà signalé pour des propos racistes ?

Une vidéo versée au dossier montre le suspect se revendiquant raciste, bien qu’antérieure aux faits. Selon Nordine, plusieurs habitants évoquent des comportements similaires. Une voisine, vivant au-dessus de lui avec un enfant en situation de handicap, affirme avoir déjà subi des insultes.

« Je sais comment il est. Jamais, il ne manquerait de respect à qui que ce soit », insiste le père à propos de son fils, qu’il décrit comme respectueux et apprécié « à l’école comme au club ».

Un enfant traumatisé, une communauté sous tension

Depuis l’incident, Reda ne s’est rendu ni à l’école ni à ses entraînements de football. « Il a peur de la foule, il est toujours sous le choc. Il fait des cauchemars la nuit », confie son père. L’enfant est désormais suivi par un psychologue et devrait reprendre les cours progressivement.

Au-delà du cas individuel, c’est tout un climat qui inquiète. Nordine exprime son incompréhension face à une telle violence : « Aller prendre une carabine et viser les enfants, on n’a jamais vu ça ».

Un rassemblement est prévu dans le quartier afin de sensibiliser et alerter. Le père entend porter un message clair :
« Tout ce que je souhaite, c’est que cet événement ne se reproduise plus. Voilà. Parce que si on ferme les yeux, la prochaine fois, ça va être des vraies balles et des blessés réels. C’est malheureux de voir ça, surtout sur des enfants. »