ENQUÊTE - Appels au meurtre, ratonnades et suprémacisme kémite : enquête sur la nébuleuse kémite qui veut faire des Maghrébins une cible
Feignant de lutter contre la négrophobie, une nébuleuse kémite suprémaciste multiplie les attaques contre les Maghrébins. Appels à la « guerre raciale », menaces de mort, projet de ratonnade, propagande haineuse, profanations religieuses et connexions entre plusieurs groupes : les éléments recueillis par Tajmaât dessinent un réseau autrement plus préoccupant qu'un simple conflit entre influenceurs.
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Tout commence par un signalement adressé à OMROS, la plateforme de signalement de Tajmaât. Plusieurs internautes nous alertent au sujet d'une vidéo particulièrement virulente publiée par un individu utilisant le pseudonyme « Gaara ».
Dans cette séquence, celui-ci tient notamment des propos extrêmement virulents, racistes, à l'encontre des Algériens et tourne en dérision les viols et violences sexuelles subies par des femmes algériennes durant la période coloniale française. Les éléments sont suffisamment graves pour que plusieurs internautes demandent qu'une procédure judiciaire puisse être envisagée.
Mais nos recherches vont rapidement dépasser le seul cas de cette vidéo.
Elles font apparaître autour de Gaara un réseau de relations, de comptes et de militants partageant, pour certains, une hostilité et racisme particulièrement virulente envers les Maghrébins. Certains propos retrouvés vont jusqu'à évoquer une confrontation raciale et, dans certains cas, des violences physiques contre des personnes innocentes, en raison de leur origine maghrébine.
Les éléments recueillis ont été transmis aux autorités afin qu'ils puissent être authentifiés, contextualisés et, le cas échéant, faire l'objet des suites judiciaires appropriées.
L'expédition punitive du 7 août
Le 7 août, le compte Twitter @SLeFaucheurK__(identifié comme étant Pierre Edouard Epee) diffuse une vidéo montrant une personne surnommée "Gaara", en train d'interpeller Bassem Braiki au pied de son domicile.
Si le prétexte semble être une querelle personnelle et ne concerne pas l'ensemble des Maghrébins, un aveu de Salif change la donne : il s'enorgueillit d'avoir « envoyé son gars » et « revendique d'être raciste envers les Maghrébins ». La préméditation est évidente, d'autant qu'une photographie de groupe atteste des liens directs entre Salif et Gaara.
Toutefois, plusieurs internautes ont également saisi OMROS afin de nous alerter sur ce groupe, affirmant disposer d’éléments laissant penser que certains de ses membres envisageraient de commettre des ratonnades.
La véritable problématique réside donc dans le racisme viscéral et la radicalisation de certains de ces individus, dont les discours semblent dépasser largement le cadre de simples provocations sur les réseaux sociaux.
Salif : une hostilité revendiquée envers les Maghrébins
L'examen des publications de Salif permet rapidement de constater que son hostilité envers les Maghrébins ne se limite pas à Bassem Braiki, et semble même être un pretexte.
Dans différentes publications, celui-ci utilise le terme « bougnoule » à l'encontre des Maghrébins ; affirme comprendre pourquoi des « bougnoules » ont « fini au fond de la Seine » lorsqu'il évoque les Algériens ; se réjouit publiquement des incendies ayant frappé l'Algérie en 2023, malgré les nombreuses victimes ; explique souhaiter s'en prendre à des Maghrébins innocents en raison de leur origine ; revendique ouvertement être raciste envers les Maghrébins lorsqu'un internaute l'interroge sur le sujet.
Ces publications sont importantes car elles permettent de comprendre que l'affaire ne se résume pas à une simple rixe, mais semble vouloir viser les Magrébins.
Une véritable hostilité idéologique envers les Maghrébins apparaît chez plusieurs protagonistes.
Gaara : insultes racistes, glorification de la colonisation et islamophobie
Gaara, présenté sous le pseudonyme « Gaara69 », apparaît lui aussi dans plusieurs contenus particulièrement préoccupants.
Dans une vidéo adressée envers les Algériens, il affirme notamment :
« Tu es le produit d'une histoire coloniale, où pendant 132 ans les pieds-noirs ont hwi tes grands-mères, molesté tes chouhadas d'ancêtres [...]. »
Dans une autre vidéo, il s’en prend une nouvelle fois aux Algériens en affirmant que « les Ottomans faisaient déjà tapiner vos grands-mères les timps »
Il va également jusqu'à filmer des excréments de chien en les présentant comme une « khrabiya », puis utilise un exemplaire du Coran dans une mise en scène destinée à provoquer les musulmans.
Gaara brandit également le livre Beurettes, un fantasme français dans une séquence destinée à provoquer les Maghrébins.
Le point commun de ces contenus est évident : provoquer, humilier et essentialiser une population en raison de son origine et croyance.
Léo : « une guerre raciale » et des menaces contre les enfants
Nos recherches nous conduisent ensuite vers un autre individu : Leonard, alias Léo, habitant à Genève.
Celui-ci apparaît aux côtés de Gaara dans plusieurs contenus et interagit avec ses publications, c'est bien lui qui devait se déplacer avec Gaara.
Son nom est déjà connu d'OMROS. Dès 2024, Leonard avait fait l'objet de plusieurs signalements pour des propos racistes publiés publiquement.
Plus inquiétant encore, il a également menacé Tajmaât à plusieurs reprises en DM, tout en évoquant lui-même le souhait d'une « guerre raciale », et menace des femmes d'origine maghrébines de viols.
Dans d'autres vidéos, il insulte violemment les Maghrébins.
Il affirme également qu'il devait se déplacer avec Gaara pour tuer.
Mais une déclaration va encore plus loin. Leonard affirme qu'un jour il mettra « des balles dans la tête des enfants de Bassem ».
Il ne s'agit donc plus d'une lutte contre la négrophobie comme ils le prétendent, puisque des enfants sont directement désignés comme cibles et que notre plateforme a été plusieurs fois visées par Léonard par pur racisme, son "combat" est donc un prétexte pour attaquer les Maghrébins.
Malcom X : un autre cercle de cette nébuleuse
Nos recherches nous conduisent également vers Malcom X, Dess Joel Tcho, responsable de l'association Nehemma et fondateur du groupuscule suprémaciste Renaissance Puissance Noire.
Il ne s'agit pas ici d'affirmer que Gaara, Salif ou Léo appartiennent à Renaissance Puissance Noire, ni qu'ils constituent avec Malcom X une seule et même organisation. Les éléments dont nous disposons ne permettent pas de l'affirmer.
En revanche, plusieurs connexions entre différents protagonistes et différents cercles apparaissent au fil de nos recherches.
C'est dans ce contexte qu'il nous paraît nécessaire d'examiner séparément le discours de Malcom X et de son entourage, ainsi que les liens pouvant être établis avec cette nébuleuse plus large, notamment au regard de leurs réactions dans cette affaire.
Deux jours avant la publication de cette enquête, un influenceur d'origine marocaine, NassLebou, avait publié une vidéo consacrée à l'affaire.
Sa position était pourtant claire : tout en précisant qu'il ne soutenait pas Bassem Braiki, il condamnait également les propos racistes de Gaara et estimait qu'il ne fallait pas tomber dans le piège d'une confrontation entre Maghrébins et Subsahariens.
Il rappelait notamment que le débat ne devait pas être transformé en affrontement communautaire. Pour cela, il a été accusé d'etre négrophobe, malgré qu'il dénonce le racisme des deux cotés.
La réaction de Malcom X est particulièrement révélatrice.
Dans sa réponse, celui-ci affirme qu'il s'en « tamponne » de l'unité à deux balles, reproche aux Maghrébins de réclamer l'unité uniquement lorsqu'ils ont besoin des Noirs et les qualifie notamment de « faux culs ».
Il tourne également en dérision cette idée d'unité à travers l'expression « tomates, salades, oignons » et développe la notion de prétendue « réciprocité ».
Alors même qu’il avait déjà été épinglé pour avoir qualifié les Maghrébins de « dromadaires », le groupe de Malcom avait également été impliqué dans l’agression d’une mère de famille d’origine maghrébine lors d’une manifestation, au motif qu’elle n’aurait pas eu sa place dans leur mobilisation. Il s’agissait d'une mère venue participer au rassemblement pour soutenir les bébés agressés sexuellement par Redouane, tout en omettant volontairement de mentionner la présence de Juliette S. dans cette affaire.
Le raisonnement est simple : puisque certains Maghrébins auraient tenu des propos ou adopté des comportements hostiles envers les Noirs, les Maghrébins dans leur ensemble devraient en subir les conséquences.
C'est précisément là que le discours change de nature.
On ne parle plus d'identifier des individus racistes. On parle d'une communauté entière.
Pourtant, les faits contredisent cette présentation. De nombreux Maghrébins ont eux-mêmes dénoncé certains propos de Bassem Braiki. Un avocat d'origine maghrébine a même déposé plainte contre lui.
Toutefois, aucune association Kémite, afrocentriste ou autres membres n'ont condamnées les actions du groupuscule suprémaciste de la LDNA, les multiples provocations fétichistes et racistes de certains rappeurs visant les femmes maghrébines, la propagande des suprémacistes appelant à détruire le Maghreb, etc.
La prétendue « réciprocité » comme justification
Un argument revient régulièrement dans les contenus examinés : celui de la « réciprocité ».
L'idée consiste à expliquer que les attaques visant les Maghrébins seraient une réponse aux comportements de certains Maghrébins envers les Noirs.
Cette logique est dangereuse, car un individu peut être raciste, une organisation peut tenir des propos racistes, mais aucun de ces comportements ne transforme l'ensemble des Maghrébins en responsables collectifs.
Or c'est précisément ce glissement que nous constatons dans plusieurs publications.
La critique d'un individu devient une accusation contre une communauté entière, la dénonciation d'un acte devient une justification de la haine, et c
C'est précisément ainsi que fonctionne la logique suprémaciste : transformer les individus en représentants d'une race ou d'une communauté et rendre l'ensemble du groupe responsable des actes de certains.
C'est un jeu extrêmement dangereux pour leur propre communauté.
En invoquant la « réciprocité », ils ouvrent eux-mêmes la porte à une logique que d'autres groupes suprémacistes pourraient retourner contre les populations noires : il leur suffirait de reprendre les propos et les agissements de certains suprémacistes noirs, leur haine viscérale des Maghrébins, le fétichisme visant les femmes maghrébines ou encore les publications appelant ouvertement à la destruction du Maghreb sans susciter la moindre condamnation de leur part, pour prétendre, à leur tour, qu'ils seraient légitimés à s'en prendre aux Noirs.
C'est précisément pour cette raison que l'argument de la « réciprocité » est un non-sens : il ne combat pas le racisme, il instaure une logique de représailles collectives dans laquelle les actes d'une minorité deviennent le prétexte pour cibler une communauté entière.
La prétendue « réciprocité » ne justifie pas le racisme
Le problème de cette notion de « réciprocité » est qu'elle transforme la responsabilité individuelle en responsabilité collective.
Un Maghrébin tient un propos raciste : tous les Maghrébins deviennent responsables.
Un influenceur maghrébin est accusé de négrophobie : les Maghrébins doivent collectivement « répondre ».
Un individu commet une faute : une communauté entière devient la cible.
Cette logique est particulièrement préoccupante lorsqu'elle apparaît aux côtés de personnes qui revendiquent parallèlement une identité suprémaciste et tiennent des propos appelant à la confrontation raciale.
Il ne s'agit alors plus simplement de répondre à des actes précis.
Il s'agit de construire un groupe ennemi.
Une contradiction que nous avons déjà rencontrée
Cette rhétorique est d'autant plus difficile à comprendre lorsque ces mêmes groupes sous entendent qu'aucun Maghrébin ne les considère ou les aident, alors que Tajmaât, plateforme totalement communautaire, a elle-même travaillé sur des affaires impliquant des victimes noires.
Dans l'affaire du jeune John, notre plateforme avait notamment participé à l'identification des agresseurs, c'est suite à cette identification et le relai massif de cette affaire, que les membres du groupe de Malcom X l'ont utilisés pour leur propre dessein en récupérant des informations et permettant de se déplacer pour aller à sa rencontre.
Bien que nous sommes une plateforme communautaire et nous assumons de défendre prioritairement les nôtres, nous savons pertinemment qu'aucun groupe afro-centriste et encore moins Kémite, feront le 1/10eme de cet effort pour aider des Maghrébins.
L'argument de la « réciprocité » apparaît donc particulièrement artificiel lorsqu'il sert à justifier des généralisations contre l'ensemble des Maghrébins.
Renaissance Puissance Noire et Askyaz
Malcom X est également à la tête de Renaissance Puissance Noire, mouvement au sein duquel apparaît notamment Askyaz, présenté comme son porte-parole.
Nos recherches font apparaître chez ce dernier de nombreux propos visant directement les Maghrébins.
Askyaz provoque et fétichise les femmes Marocaines en les dénigrants de manière raciste, affirmant notamment être le « pourfendeur de Riffya en France et de Oujdia » et qualifie les Maghrébins de « populace de clando/harragas ».
Il s'est également moqué du tremblement de terre ayant frappé le Maroc et provoqué de nombreux morts.
Il ne s'agit donc pas d'une simple critique de Bassem Braiki ou d'une opposition à la négrophobie comme ils le prétendent, la cible est régulièrement beaucoup plus large : les Maghrébins en tant que groupe.
Askyaz remercie par ailleurs publiquement Marcus Dia pour ses « travaux », alors que celui-ci contribue à mettre en lumière Gaara et le défend.
Cette solidarité est d'autant plus notable que Marcus Dia avait auparavant pris la défense du dirigeant de la LDNA, Sylvain Afoua, dans le contexte des accusations de viol visant ce dernier, en affirmant notamment que « tout le monde a le droit à l'erreur » et en laissant entendre que la dénonciation répétée de ces faits visant Sylvain Afoua releve de la négrophobie.
Sous une publication consacrée à Gaara par Marcus DIA, Salif affirme également que ce dernier ne serait pas islamophobe.
Une affirmation particulièrement difficile à concilier avec les vidéos dans lesquelles Gaara provoque les musulmans, notamment en mettant en scène un Coran dans des toilettes et soutenant la " dératisation" en Israel selon ses propres mots, lors d'un live Tiktok.
Les soutiens croisés entre ces différents protagonistes constituent précisément l'un des éléments qui nous ont conduits à élargir nos recherches au-delà du seul cas de Gaara.
Un mouvement qui bénéficie pourtant d'une visibilité institutionnelle
C'est ici que l'affaire devient encore plus problématique.
Malcom X et Askyaz ont été invités à l'Assemblée nationale par le député Davy Rimane.
Cette invitation ne signifie évidemment pas que le député partage leurs propos.
Mais elle soulève une question de fond.
Comment des personnalités appartenant à une mouvance, dont certains membres tiennent publiquement des propos racistes et suprémacistes peuvent-elles bénéficier d'une visibilité institutionnelle sans qu'une vérification préalable approfondie de leurs publications et de leurs réseaux soit effectuée ?
Une institution de la République peut parfaitement dialoguer avec des acteurs communautaires. Mais lorsque des personnes associées à cette mouvance tiennent parallèlement des propos visant une communauté entière, la question du contrôle et de la déontologie mérite d'être posée.
Des espaces interdits aux Maghrébins et autres populations ?
Autre élément retrouvé au cours de nos recherches : Malcom X et Askyaz ont mis en avant des entraînements organisés à L'Île-Saint-Denis, auxquels les Maghrébins et les Blancs seraient explicitement exclus.
Là encore, la distinction est fondamentale.
Une communauté peut organiser des activités destinées à ses membres.
Mais lorsqu'une activité est présentée comme réservée aux Noirs précisément parce que les autres groupes raciaux en sont exclus, et que cette pratique intervient dans un environnement où sont parallèlement revendiqués des discours de confrontation raciale, la question du suprémacisme devient légitime.
Le contexte est déterminant. Et justement, ce contexte nous conduit à un autre élément.
La même adresse, une décennie plus tôt
L'adresse utilisée pour les entraînements revendiqués aujourd'hui à L'Île-Saint-Denis correspond, selon les éléments publics que nous avons retrouvés, à un lieu déjà utilisé par une autre mouvance kémite plusieurs années auparavant.
Cette ancienne organisation était active dès 2011, avec des traces d'activités documentées à partir de 2016.
Nous retrouvons donc une continuité géographique qui précède largement l'apparition de Bassem Braiki sur les réseaux sociaux. Chronologiquement, il est donc erroné d'affirmer que la création de ces groupuscules racistes est une réponse aux racisme les visants.
Le phénomène ne peut donc pas être factuellement expliqué uniquement comme une réaction récente aux vidéos de Bassem.
Parmi les personnes apparaissant dans les contenus de cette mouvance figurent des Kémites, dont une photographie de groupe aux côtés de Gaara.
Il apparaît également dans des contenus semblant appartenir à un environnement suprémaciste kémite, se considérant pour certains comme "fils de Ra".
Une question se pose donc :
Sommes-nous face à plusieurs groupes totalement indépendants qui utilisent par hasard le même lieu et dont les membres se retrouvent par hasard dans les mêmes réseaux ?
Ou existe-t-il une continuité entre ces différentes structures ? La convergence des éléments mérite clairement d'être examinée.
Une nébuleuse, pas un simple « clash »
C'est précisément ce qui rend l'affaire différente du récit diffusé sur les réseaux sociaux, car il ne s'agit pas simplement de deux hommes qui se disputent.
Il existe autour d'eux : des comptes militants, des photographies communes, des interactions répétées, des groupes kémite, des discours suprémacistes, des menaces, des références à une guerre raciale, des entraînements suprémacistes, une continuité géographique et des connexions avec différentes personnalités.
Pris séparément, chaque élément pourrait être relativisé.
Pris ensemble, ils dessinent une nébuleuse.
Et cette nébuleuse semble avoir un point commun particulièrement préoccupant : une hostilité récurrente envers les Maghrébins.
De la négrophobie au suprémacisme : où se situe la frontière ?
Bien que la négrophobie existe, les personnes qui en sont victimes ont parfaitement le droit de se défendre, de s'organiser et de créer des structures communautaires.
Mais la lutte contre le racisme ne donne à personne le droit de devenir raciste à son tour.
Surtout, elle ne permet pas de transformer une communauté entière en ennemi.
Pire encore, elle ne doit pas permettre à des individus déjà profondément racistes d’instrumentaliser la question de la négrophobie pour légitimer leur propre haine. Certains n’hésitent ainsi pas à se fondre dans cette mobilisation et à brandir la lutte contre la négrophobie comme un bouclier, afin de pouvoir agir librement, dissimuler leurs véritables motivations et déverser leur racisme à l’encontre des Maghrébins.
Lorsque certains expliquent que « les Maghrébins » seraient collectivement responsables du racisme anti-noir, lorsqu'ils parlent de « réciprocité », lorsqu'ils qualifient toute une population de « dromadaires », de « bougnoules » ou de « clandos », lorsqu'ils se réjouissent de catastrophes ayant frappé des pays maghrébins et lorsque certains vont jusqu'à parler de guerre raciale ou de meurtre, nous ne sommes plus face à une simple lutte contre la négrophobie.
Nous sommes face à un discours extrémiste, racialiste et suprémaciste.
Et lorsque ce discours s'inscrit dans des groupes revendiquant une identité kémite et une hiérarchisation ou une exclusion fondée sur la race, le terme suprémaciste ne peut pas être écarté d'un revers de main.
Une stratégie de prise d'otage de l'antiracisme ?
Notre analyse est également la suivante : certains acteurs de cette nébuleuse semblent utiliser la lutte contre la négrophobie comme un bouclier rhétorique.
Dès qu'un propos ou un comportement de leur entourage est dénoncé, la réponse consiste à accuser les personnes qui les critiquent d'être elles-mêmes négrophobes ou de défendre les « bassemistes », malgré une condamnation sans équivoque de certains propos.
Le procédé est efficace car il permet de déplacer immédiatement le débat. On ne parle plus des propos tenus. On ne parle plus des menaces. On ne parle plus des appels à la guerre raciale. On ne parle plus des attaques contre les Maghrébins. On parle uniquement de la personne qui les dénonce.
C'est une véritable prise d'otage du combat antiraciste.
Car personne ne devrait pouvoir se servir d'une lutte légitime contre le racisme pour obtenir un permis de haïr une autre communauté.
Ce que nous avons transmis aux autorités
Face à l'accumulation de ces éléments, Tajmaât a choisi de ne pas se contenter d'une publication sur les réseaux sociaux.
Les différents éléments recueillis, publications, vidéos, captures, interactions, liens entre protagonistes, menaces, propos racistes, références à la guerre raciale et éléments relatifs aux structures identifiées, ont été transmis aux autorités compétentes.
Il appartient désormais aux enquêteurs et à la justice de déterminer l'identité exacte des personnes recensées utilisant certains pseudonymes ; la nature des relations entre les différents protagonistes ; l'existence éventuelle de structures communes ; le rôle exact des différents groupes ; la réalité des entraînements et leurs conditions d'accès ; la portée des menaces proférées ;
Une alerte, pas une guerre entre communautés
Cette enquête ne constitue pas un appel à l'affrontement entre Maghrébins et Noirs, comme le sous-entendent les groupes suprémacistes kémites pour protéger leur membre, bien au contraire.
Nous refusons précisément la logique qui consiste à transformer les actes de quelques individus en conflit entre deux populations.
Un Subsaharien n'est pas responsable des propos d'un raciste noir.
Un Maghrébin n'est pas responsable des propos d'un raciste maghrébin.
Et aucune communauté ne doit être transformée en cible collective.
Mais cela implique également de nommer les choses lorsque des individus franchissent certaines limites.
Le racisme reste du racisme, quelle que soit la couleur de celui qui le profère.
Le suprémacisme reste du suprémacisme, quelle que soit la communauté au nom de laquelle il est revendiqué.
Et une menace de mort reste une menace de mort, même lorsqu'elle est prononcée sous couvert de militantisme.
Tout ceci met en lumière une nébuleuse kémite revendiquant pour certains de ses membres une logique suprémaciste et de confrontation raciale, dans laquelle apparaissent des discours haineux contre les Maghrébins, des menaces particulièrement graves, des appels aux meurtres, des connexions entre plusieurs groupes et, plus inquiétant encore, une volonté apparente de déplacer cette confrontation du terrain virtuel vers le terrain physique, visant notamment des innocents comme revendiqués par Salif, uniquement par pur mépris et haine raciale.
La question est de savoir jusqu'où cette escalade peut aller si personne ne l'arrête.
Et lorsque certains parlent déjà de « guerre raciale », de tuer leurs adversaires et de tirer sur leurs enfants, les autorités doivent regarder cette nébuleuse de très près.



























