Aurore Bergé rattrapée par un ancien tweet : le deux poids, deux mesures face aux Français Musulmans
ACTUALITÉS


Aurore Bergé a vivement réagi, ce jeudi, aux propos tenus par Ségolène Royal au sujet de Gaza. Lors du débat de la primaire, cette dernière avait déclaré qu’« il faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe est intolérable, parce que c’est ça qui freinera l’antisémitisme ».
La réaction d’Aurore Bergé ne s’est pas fait attendre. Sur X, la ministre a estimé qu’une telle formulation revenait à faire peser sur les Français juifs une responsabilité qui n’est pas la leur : « Il n’y a pas un seul Français juif responsable de la situation à Gaza. Les rendre coupables par procuration d’un conflit à des milliers de kilomètres de la France est insupportable. Essentialiser, assigner, on sait où ça mène. À l’antisémitisme. »
Un principe particulièrement ferme, donc : aucune population ne devrait avoir à répondre collectivement des actes d’un gouvernement, d’une organisation ou d’individus auxquels elle serait artificiellement rattachée en raison de sa religion. Encore faut-il rappeler que Ségolène Royal n’a pas affirmé que les Français juifs étaient responsables de la situation à Gaza, ni exigé d’eux qu’ils se justifient.
Seulement, un ancien tweet d’Aurore Bergé, publié en 2015 et largement exhumé sur les réseaux sociaux, vient aujourd’hui donner une dimension particulièrement saisissante à cette polémique : celle qui dénonce désormais une supposée « assignation » écrivait elle-même que « les Français musulmans doivent dire clairement qu’ils n’ont rien à voir avec ce fanatisme ». Une formulation autrement plus directe, puisqu’elle imposait explicitement aux Français musulmans, désignés collectivement, de se désolidariser d’actes dont ils n’étaient évidemment pas responsables.
En 2015, les Français musulmans étaient pourtant sommés de se désolidariser
Dans le contexte des attentats qui frappaient alors la France, Aurore Bergé publiait : « Les Français musulmans doivent dire clairement qu’ils n’ont rien à voir avec ce fanatisme. »
Onze ans séparent les deux déclarations, mais leur confrontation est particulièrement révélatrice. En 2015, Aurore Bergé considérait donc légitime de s’adresser collectivement aux « Français musulmans » et de leur demander de proclamer publiquement qu’ils n’avaient rien à voir avec le terrorisme.
En 2026, lorsqu’il est question de demander davantage de prises de position de voix juives contre la politique génocidaire menée par le gouvernement colonialiste israélien à Gaza, le même mécanisme devient sous sa plume une « assignation » et une « essentialisation » susceptibles de conduire à l’antisémitisme.
La contradiction est difficile à éluder. Si un Français juif n’a évidemment pas à répondre des décisions du gouvernement israélien en raison de sa religion, pourquoi les Français musulmans devaient-ils, eux, « dire clairement » qu’ils n’avaient rien à voir avec des terroristes dont ils n’étaient pas davantage responsables ? Pourquoi fallait-il alors attendre d’une population entière une déclaration de désolidarisation avec des criminels ?
C’est précisément ce deux poids, deux mesures qui provoque aujourd’hui de nombreuses réactions. Le problème est qu'Aurore Bergé condamne avec une extrême fermeté un mécanisme qu’elle appliquait elle-même aux Français musulmans lorsqu’une autre communauté était concernée.
Un deux poids, deux mesures insupportable
Cette contradiction pourrait n’être considérée que comme l’évolution d’une position vieille de onze ans, mais en réalité, elle s’inscrit pourtant dans un problème beaucoup plus large, qui est celui de la différence de traitement que nous observons régulièrement dans les réactions publiques d’Aurore Bergé face aux différentes formes de racisme.
Encore cette semaine, à Lyon, quatre jeunes âgés de 19 à 21 ans ont été mis en examen et placés en détention provisoire à la suite de deux agressions racistes commises dans la nuit du 17 au 18 septembre en Presqu’île.
Parmi les personnes mises en cause figurent des individus appartenant à la mouvance identitaire lyonnaise, notamment au groupe Audace, avec au moins un profil néonazi. Une affaire particulièrement grave, qui intervient après plusieurs autres agressions racistes ayant secoué Lyon ces dernières semaines.
Pourtant, là encore, nous n’avons pas constaté chez Aurore Bergé une réaction publique, contrairement à celle déployée immédiatement après les propos de Ségolène Royal.
Et c’est précisément là que notre critique dépasse la simple polémique autour d’un ancien tweet.
Des réactions qui arrivent seulement après nos interpellations
Depuis plusieurs années, Tajmaât documente des agressions, menaces et affaires de racisme visant des personnes d’origine maghrébine. Et nous avons constaté à plusieurs reprises le même phénomène : lorsqu’une affaire éclate, la prétendue ministre chargée de la lutte contre les discriminations reste silencieuse, avant parfois de prendre finalement position après que notre plateforme a publiquement dénoncé son absence de réaction.
Nous avons déjà dû interpeller Aurore Bergé pour lui demander pourquoi certaines agressions visant des Maghrébins ne suscitaient pas la même mobilisation publique que d’autres affaires. À plusieurs reprises au cours de l’année, ses rares prises de parole sur ces dossiers sont précisément intervenues après nos interpellations.
Il ne s’agit donc plus d’une maladresse isolée ou d’une simple divergence politique. C’est une différence récurrente dans la manière dont certaines victimes semblent bénéficier immédiatement de toute l’attention de la ministre, tandis que d’autres doivent attendre qu’une polémique éclate ou que notre plateforme dénonce publiquement son silence pour obtenir une réaction.
Or Aurore Bergé n’occupe pas un ministère chargé de sélectionner les discriminations qui méritent une réponse politique. Sa fonction lui impose, au contraire, de lutter contre toutes les formes de racisme et de discrimination, indépendamment de l’origine, de la religion ou de l’identité des victimes.
Aurore Bergé inapte à exercer cette fonction
Nous le disons donc sans détour, Aurore Bergé est inapte à exercer une fonction censée incarner une lutte impartiale contre toutes les formes de racisme et de discrimination.
Ce que nous dénonçons est son incapacité apparente à manifester systématiquement la même détermination lorsque les victimes sont maghrébines ou musulmanes.
Le contraste révélé par ses propres déclarations est, à cet égard, particulièrement saisissant. En 2015, les Français musulmans devaient collectivement « dire clairement » qu’ils n’avaient rien à voir avec le fanatisme. En 2026, Aurore Bergé explique que demander à une population de se positionner sur les actes d’autres personnes revient à « essentialiser » et à « assigner », avec toutes les conséquences que cela peut avoir.
Nous partageons au moins ce dernier constat : l’assignation collective est dangereuse. Mais elle ne le devient pas soudainement en fonction de la communauté concernée.
Une ministre chargée de ces questions devrait être la première à garantir cette égalité de traitement, et non donner le sentiment que certaines discriminations provoquent une réaction immédiate tandis que d’autres peuvent être accueillies par le silence.
C’est précisément pour cette raison que nous continuerons à interpeller publiquement Aurore Bergé chaque fois que cela sera nécessaire. Non pour réclamer un traitement privilégié, mais parce que les citoyens français d’origine maghrébine n’ont pas à accepter d’être les oubliés permanents d’une politique censée lutter contre toutes les formes de racisme.
Onze ans après avoir demandé aux Français musulmans de se désolidariser publiquement du fanatisme, Aurore Bergé affirme désormais que l’on sait où mènent l’essentialisation et l’assignation.



