Annemasse : un chauffeur VTC d’origine maghrébine ciblé par des injures racistes lors d’une course

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3/25/20262 min read

À Annemasse, Hassan, 25 ans, né en France et d’origine marocaine, exerce comme chauffeur VTC Uber, principalement de nuit, afin de financer ses études dans l’audiovisuel.

Un métier qu’il savait difficile, au point d’avoir installé dès le départ une caméra dans son véhicule. « S’il arrive quelque chose, en tant que chauffeur, on n’est pas protégé, on n’a aucune preuve. Des chauffeurs et ma famille m’avaient conseillé d’en mettre une. J’ai bien fait », explique-t-il.

Auto-entrepreneur depuis huit mois dans l’agglomération d’Annemasse, il est régulièrement confronté à des clients alcoolisés. « On en conduit beaucoup. Parfois ils sont lourds, mais ça reste gérable. Des fois, il m’est arrivé de craindre pour ma vie avec des gens très bizarres », confie-t-il au Dauphine Libéré.

Une agression verbale raciste en pleine course

Il y a un peu plus d’une semaine, juste avant le premier tour des élections municipales, Hassan a vécu une nouvelle expérience, bien plus grave que les précédentes. « Des remarques sur mes origines, j’en ai déjà eu, mais cette fois-ci, c’est allé trop loin », explique-t-il.

Ce soir-là, il prend en charge un groupe d’amis au Casino d’Annemasse pour les conduire dans un village voisin. Parmi eux se trouve un homme, alors candidat sur une liste aux élections municipales dans cette commune, il ne sera finalement pas élu.

Durant le trajet, ce passager multiplie les propos racistes à son encontre, enregistrés par la caméra du véhicule. « Il disait en parlant de moi que je serais mieux au bled, que “la France c’est un pays de kufar”, ou encore “Je déteste ces babtous hein” », rapporte Hassan. Les autres passagers présents n’interviennent pas.

Un climat de haine banalisé

Face à ces propos, Hassan décrit un climat pesant et humiliant : « C’était violent et humiliant. J’ai senti sa haine tout le trajet. C’est trop décomplexé de mal parler des Arabes, ce n’est pas normal. »

Se sentant atteint et pour éviter toute réaction à chaud, il décide d’interrompre la course : « J’ai préféré stopper le trajet plutôt que de mal réagir. » Il se gare et demande aux passagers de quitter le véhicule, incapable de poursuivre dans ces conditions.

Des excuses tardives et contestées

Selon lui, des excuses lui sont adressées, mais uniquement après que les passagers ont compris que la scène était filmée. « Et même après s’être excusé, il m’a dit juste avant de sortir : “c’est haram ce que je t’ai dit”, avec toujours un air moqueur », précise-t-il.

Une plainte déposée et des preuves à l’appui

Face à la gravité des faits, Hassan a décidé de déposer plainte au commissariat d’Annemasse pour « injure publique envers un particulier en raison de sa race, sa religion ou de son origine ». La vidéo enregistrée par sa caméra constitue un élément de preuve central, attestant des propos tenus par un individu qui aspirait à exercer des fonctions électives.

Une réalité vécue par de nombreux chauffeurs et membres de la communauté

Au-delà de ce cas, cette affaire démontre une réalité plus large, celle de propos racistes de plus en plus assumés dans l’espace public, y compris à l’encontre de travailleurs isolés comme les chauffeurs VTC.

Entre alcool, sentiment d’impunité et banalisation des discours haineux, ces situations participent à installer un climat de tension durable pour les personnes d’origine maghrébine et musulmane.