Aix-en-Provence : un jeune Français d’origine algérienne violemment agressé dans un lynchage raciste

Condamné pour violences volontaires en réunion, Paul-Antoine Schmitt, ancien responsable local de l’Action française à Aix-en-Provence, contestait ce lundi devant la cour d’appel le caractère raciste de l’agression visant Bilel, un Français d’origine algérienne, victime d'une « ratonnade ».

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5/6/20263 min read

Dans le centre-ville d’Aix-en-Provence, Bilel, 22 ans, passe une soirée classique en terrasse avec ses amis. La situation bascule lorsqu’un groupe d’une quinzaine d’individus s’installe à proximité.

Ces derniers, identifiés comme des militants de l’Action française, affichent clairement leur appartenance : vêtements siglés, chants militaires, slogans nostalgiques de “l’Algérie française”. L’atmosphère devient rapidement tendue.

Face à ces provocations répétées, Bilel demande simplement que cela cesse. Une demande banale, qui va pourtant déclencher une violence immédiate.

« Tes grands-parents sont des terroristes du Bataclan, sale fils de pute »

Avant même les coups, les mots posent le cadre. Plusieurs témoignages évoquent une série d’insultes explicitement racistes visant directement les origines de la victime.

Parmi elles :
« Tu n’es pas Français »
« Tes grands-parents sont des terroristes du Bataclan »

Un passage à tabac en réunion

La situation dégénère en quelques secondes. Bilel est encerclé, puis frappé par plusieurs individus. Coups de poing, coups de pied, acharnement collectif : la scène décrite par les témoins correspond à un véritable passage à tabac.

Selon certains éléments du dossier, des propos comme « On le finit ? » auraient été lancés pendant l’agression.

La victime subit plusieurs jours d’incapacité totale de travail. Mais au-delà des blessures physiques, c’est bien le caractère ciblé et collectif de l’attaque qui marque.

Une responsabilité collective… pour un seul condamné

Malgré le nombre d’agresseurs impliqués, un seul individu sera finalement poursuivi et jugé : Paul-Antoine Schmitt, militant de l’Action française, également impliqué à l’époque dans la sphère politique de Reconquête.

En première instance, il est reconnu coupable de violences en réunion accompagnées d’injures racistes. Il écope d’un an de prison avec sursis et de 3 000 euros d’amende.

En appel, une stratégie de déni

Lors de l’audience en appel en 2026, le prévenu maintient une ligne de défense fragile, en contestant le caractère raciste des faits.

Une position en contradiction frontale avec les témoignages, les propos rapportés et le contexte même de l’agression. Ce type de stratégie, consistant à dissocier la violence de son mobile, est devenu classique dans ce type de dossiers.

Un dossier emblématique des violences ciblées

L’affaire dépasse le cadre individuel. Elle met en lumière une mécanique identifiable :
un groupe idéologiquement structuré, une cible désignée en raison de ses origines, une escalade rapide vers la violence.

Le fait que les agresseurs revendiquent ouvertement leur appartenance politique, dans l’espace public, puis passent à l’acte, pose une question centrale : celle du passage du discours à la violence.

Une réponse judiciaire jugée insuffisante par les soutiens

Autour de Bilel, un comité de soutien s’est constitué dès les premières audiences. Devant le tribunal, les images de son visage tuméfié ont circulé, rappelant concrètement la brutalité des faits.

Pour ces soutiens, l’enjeu dépasse la condamnation d’un individu. Il s’agit de faire reconnaître pleinement la nature de l’agression, qui est une attaque raciste commise en groupe, dans un cadre militant assumé.

Ce que révèle réellement cette affaire

Ce dossier met en évidence une réalité souvent minimisée, certaines violences ne sont ni spontanées, ni isolées. Elles s’inscrivent dans des logiques idéologiques, où des individus sont pris pour cible en raison de ce qu’ils représentent.

Dans ce cas précis, l’origine algérienne de la victime n’est pas un détail. Elle est au cœur même du passage à l’acte.

Et c’est précisément ce point que le débat judiciaire continue, encore aujourd’hui, de tenter de contourner.