Aide médico-psychologique et haine anti-maghrébine : une femme condamnée après des violences à la CPAM de Nantes

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1/28/20263 min read

Le tribunal correctionnel de Nantes a condamné, mardi 27 janvier 2026, Lauranne H., aide médico-psychologique au chômage âgée de 38 ans, pour des menaces de mort à caractère raciste et des violences avec arme. Les faits se sont produits le 16 juillet 2025 dans la file d’attente de la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM), sur l’île Beaulieu, à Nantes, relate ActuNantes.

Une scène de haine raciale au cœur de la CPAM

Ce jour-là, selon plusieurs témoins et notamment un agent de sécurité, la prévenue était « hors de contrôle ». Dans la file d’attente, elle a multiplié les propos racistes visant des usagères et usagers d’origine africaine et maghrébine, parlant notamment de « bande d’Africaines pleines de cellulite », de « mangeurs de bananes » et réclamant « une file d’attente différente pour les Arabes », assimilant la scène à la CAF.

L’altercation a dégénéré lorsqu’un père de famille d'origine maghrébine, patientant derrière elle, a été pris à partie. Lauranne H. l’a insulté avant de l’asperger de gaz lacrymogène à l’aide d’une bombe de défense dissimulée dans son sac à main.

Insultes racistes et menaces de mort devant témoins

Interpellée par un agent de sécurité qui tentait de la maîtriser, la prévenue lui a également lancé :
« Sale Arabe, c’est comme ça que tu traites les femmes dans ton pays ? »

Les forces de l’ordre ont été appelées après qu’elle a menacé de « buter tout le monde » avec un revolver qu’elle affirmait posséder. L’arme s’est révélée inexistante, mais les policiers ont constaté un taux d’alcool de 0,9 g par litre de sang. Jusqu’alors inconnue de la justice, la prévenue a reconnu avoir consommé « deux verres d’anis ».

Une tentative de justification par le mal-être personnel

À l’audience, Lauranne H. a tenté de minimiser ses actes, déclarant que « les mots avaient dépassé sa pensée ». Elle a invoqué des nuisances sonores de voisinage, une rupture sentimentale ancienne, des conflits familiaux et une agression passée pour expliquer avoir « totalement perdu le contrôle ».

Se présentant comme une victime autant que les personnes visées, elle a affirmé ne pas être raciste, avançant comme argument le fait d’avoir « un ami péruvien ».

Un racisme banalisé et assumé dans les propos

L’enquête et l’audience ont toutefois mis en évidence une obsession raciale persistante. La prévenue s’est plainte à plusieurs reprises de la présence d’« étrangers » dans son environnement, affirmant que « ça sent la beuh » chez elle à cause de ses voisins. Elle a également indiqué avoir vu une croix gammée dessinée sur sa porte, élément relevé au dossier.

Ces propos ont été fermement dénoncés à l’audience. L’avocat d’une des parties civiles, Me Simon Despierre, a souligné que son client, Oualid A., avait eu le sentiment de « revenir quinze ans en arrière », contraint de justifier sa présence sur le sol français.

Une justice qui reconnaît la gravité symbolique des faits

Le procureur de la République a qualifié ces propos de « terrifiants », estimant qu’ils renvoyaient à « l’apartheid ou à l’Amérique d’avant les droits civiques ». Il a alerté sur le danger que représente la banalisation de telles violences verbales et symboliques dans un contexte social déjà tendu.

Initialement, le parquet avait requis cinq mois de prison avec sursis, une interdiction de détention d’arme et un stage de citoyenneté.

Une condamnation qui laisse un goût amer

Le tribunal a finalement condamné Lauranne H. à trois mois de prison avec sursis, assortis d’un stage de citoyenneté à ses frais, d’une interdiction de détenir une arme pendant trois ans, ainsi que du versement de 900 euros de dommages et intérêts aux parties civiles et 800 euros de frais de justice.

Si la décision reconnaît le caractère raciste et violent des faits, elle interroge sur la réponse pénale apportée face à des actes qui, pour de nombreux Maghrébins, rappellent la persistance d’un racisme ordinaire, décomplexé, y compris dans des lieux censés garantir l’égalité et l’accès aux droits.