« Sale Marocaine » : Driss Atounane tué à Bruxelles après avoir défendu une femme victime d’une agression raciste

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7/29/20264 min read

Driss Atounane, 54 ans, est mort après avoir choisi de ne pas détourner le regard. Alors qu’une femme de 67 ans était insultée de « sale Marocaine » puis agressée dans un tram à Bruxelles, ce père de famille est intervenu pour lui venir en aide. Dans un tram rempli de voyageurs, il a été le seul à s’interposer face à l’agresseur.

Un homme a payé de sa vie le fait d'avoir défendu une femme visée pour ses origines

Driss Atounane n'était pas la cible de départ.

La personne prise pour cible était une femme de 67 ans portant le voile, insultée de « sale Marocaine » avant d'être agressée physiquement dans un tram à Bruxelles.

Alors que des dizaines de voyageurs assistaient à la scène, un seul homme s'est levé pour s'interposer : Driss Atounane.

Pour avoir refusé de rester spectateur face à une agression motivée par la haine des Maghrébins, il a été violemment frappé. Il est décédé quelques heures plus tard.

« Mon père aidait toujours les autres »

Pour Sami Atounane, son père représentait bien plus qu'un simple parent. Il était son modèle et le pilier de toute la famille.

« Mon père était quelqu’un qui aidait toujours les autres. Lorsqu’une personne était en difficulté, il lui était impossible de détourner le regard », raconte le jeune Bruxellois de 17 ans.

C’est précisément ce réflexe qui lui a coûté la vie.

Jeudi dernier, alors qu’il circulait dans un tram à Schaerbeek, Driss Atounane a vu une femme se faire agresser verbalement puis physiquement. Sans hésiter, il est intervenu pour la défendre. L’agresseur s’est alors retourné contre lui et lui a porté un violent coup à la tête à l’aide d’un sac contenant, selon plusieurs témoins, un objet dur.

Transporté à l’hôpital, Driss Atounane est décédé peu après. Le suspect a été interpellé et placé en détention provisoire.

« Il a sauvé la vie de ma mère »

À son arrivée à l’arrêt de tram, Soukaina Fatihi, prend Sami dans ses bras. Quelques jours plus tôt, ils ne se connaissaient pas. Aujourd’hui, leurs destins sont liés par ce drame.















Sa mère, âgée de 67 ans, est la femme que Driss Atounane a défendue.

« Ma mère ne prend pratiquement jamais le tram, car elle possède une voiture. Ce jour-là était une exception », explique Soukaina.

« Ma mère porte le voile. Sans aucune raison, un homme a commencé à l’insulter. Il l’a traitée de "sale Marocaine" avant de la frapper. »

Pour Soukaina, il ne fait aucun doute que l’intervention de Driss Atounane a permis de sauver sa mère.

« Tout le monde doit savoir que Driss était un héros. Il a sauvé la vie de ma mère. »

Sa mère est aujourd’hui encore incapable d’évoquer les faits.

« Elle est traumatisée. Elle se sent extrêmement coupable, car elle a le sentiment que Driss est mort à sa place. »

« Dans un tram rempli de monde, il a été le seul à intervenir »

Ce qui marque le plus Soukaina, c’est que Driss Atounane a été le seul passager à réagir.

« Dans un tram bondé, il a été la seule personne à venir en aide à ma mère. Personne d’autre n’a fait quoi que ce soit. Peut-être que Driss serait encore en vie si une ou deux autres personnes étaient également intervenues. »

Un entrepreneur engagé et apprécié

Lorsque Sami évoque son père, les mots lui manquent.

« Je veux que tout le monde sache qu’il était la personne la plus formidable au monde. »

Driss Atounane était entrepreneur et commerçait bien au-delà de la Belgique. Selon son fils, il était une personnalité connue dans plusieurs quartiers de Bruxelles, notamment à Schaerbeek, Anderlecht et Molenbeek.
















Toujours élégant, vêtu avec soin, il accordait une grande importance à l’avenir de ses enfants et encourageait très tôt Sami à poursuivre des études supérieures, en lui parlant notamment des métiers d’ingénieur ou de pharmacien.

Le travail occupait une place centrale dans sa vie.

« Il travaillait pour que nous puissions vivre confortablement », explique son fils.

Mais il consacrait également beaucoup de temps aux autres.

« Il faisait du bénévolat et collectait des fonds pour venir en aide à des familles vivant dans les montagnes du Maroc. »

« Il est parti en héros »

Au moment de se quitter, Soukaina et Sami s’enlacent une dernière fois.

« Nous serons liés pour le reste de notre vie. Nos cœurs sont brisés. Même si je sais que leur douleur est bien plus grande que la mienne », confie Soukaina.

Sami pose alors sa main sur son cœur.

« Je le sens ici, dans mon cœur. Il est parti en héros. »

Une haine qui se banalise à grande vitesse

La mort de Driss Atounane rappelle une nouvelle fois l'urgence de lutter contre la montée des actes et propos visant les populations maghrébines.

Cette affaire démontre une banalisation inquiétante de la haine raciste visant les Maghrébins, qui peut progressivement passer des paroles aux actes. Il est devenu indispensable d'agir dès maintenant afin d'empêcher que ces discours continuent de se diffuser sans conséquence.

Les réseaux sociaux, un terrain majeur de radicalisation

À notre échelle, nous pouvons tous contribuer à combattre cette banalisation, notamment sur les réseaux sociaux, en appliquant une véritable tolérance zéro face aux contenus racistes et haineux qui nous visent.

Car avant que certains passent à l'acte dans la rue, c'est souvent sur les réseaux sociaux que les discours de haine se propagent, se banalisent et peuvent contribuer à radicaliser certains individus.

Signaler, dénoncer et ne pas laisser ces propos s'installer dans le quotidien sont autant de moyens de lutter contre cette progression.

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