« Sale Arabe » : après le suicide de Joris, 21 ans, sa famille dénonce des années de harcèlement raciste et réclame la vérité

Un jeune homme intégré, travailleur et attaché à son territoire, qui a été humilié pendant des années en raison de ses origines. Sa famille lance un appel à témoins.

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7/19/20265 min read

Joris Laurencin avait 21 ans. Dans la nuit du 12 au 13 juillet, le jeune homme s'est suicidé avec un fusil de chasse à proximité du domicile familial à Châtonnay, en Isère.

Depuis sa disparition, sa famille tente de comprendre ce qui a pu conduire à ce geste dramatique. Pour ses proches, le suicide de Joris intervient après plusieurs années de harcèlement à caractère raciste, marqué par des insultes, des humiliations et un rejet lié à ses origines Algériennes.

Afin de faire toute la lumière sur les événements qui ont précédé sa mort, la famille a lancé un appel à témoins, notamment concernant une soirée précise : celle du 30 juin lors de la vogue de Saint-Jean-de-Bournay.

Un appel à témoins pour retrouver ceux qui ont vu ou entendu

Sur les réseaux sociaux, les proches de Joris ont partagé un message demandant aux personnes présentes lors de cette soirée de témoigner.

« Nous recherchons des témoins concernant ce qui s'est passé le 30 juin à la vogue de Saint-Jean-de-Bournay avec Joris Laurencin », indiquent-ils.

La famille invite toute personne ayant assisté à des insultes, des propos racistes, des menaces, du harcèlement ou tout autre incident à contacter les proches ou à transmettre les informations aux autorités.






















« Chaque information, même si elle paraît minime, peut être utile à l'enquête », rappellent-ils.

Dans leur message, les proches de Joris écrivent également :

« Aujourd'hui, notre famille est brisée. Nous avons perdu un fils, un petit-fils, un neveu, un cousin de seulement 21 ans. Si vous avez vu ou entendu quelque chose ce soir-là, même si cela vous semble sans importance, nous vous demandons de parler. »

« On le traitait de sale Arabe »

Selon l'oncle de Joris, le jeune homme se plaignait depuis longtemps d'être victime d'insultes racistes.

« On le traitait de sale bougnoule, de sale Arabe », a-t-il déclaré.

Toujours selon son témoignage, ces attaques répétées auraient profondément affecté Joris, qui aurait fini par complexer sur son apparence et disait à son père qu'il regrettait sa peau mate.

Français d'origine algérienne par sa mère, Joris aurait été confronté à une contradiction douloureuse selon sa famille, celle d'un jeune homme vivant pleinement dans son environnement, mais régulièrement renvoyé à ses origines.

Des humiliations qui auraient commencé lors des fêtes de village

D'après ses proches, le harcèlement aurait commencé lorsqu'il avait environ 18 ans.

Lors de la fête des conscrits, une tradition locale réunissant les jeunes d'une même génération, Joris aurait retrouvé d'anciens camarades.

Selon son entourage, les moqueries qui auraient commencé comme des plaisanteries auraient progressivement évolué vers des humiliations répétées.

Sa famille évoque notamment un tee-shirt portant l'inscription « DZ Pagu », une référence moqueuse à ses origines algériennes, qui signifie « L'Algérien campagnard »

Pour ses proches, cet épisode a marqué une rupture dans la vie du jeune homme, qui a progressivement perdu confiance en lui.

« Mis tout nu et humilié publiquement »

La soirée de la vogue de Saint-Jean-de-Bournay est aujourd'hui au centre des investigations.

Selon la famille, alors que Joris se trouvait sur place avec une amie, il a été pris à partie par plusieurs individus.

Alors qu'il faisait un tour de manège avec une copine, le jeune homme a été pris à partie par ses harceleurs . "Ils l’ont humilié devant elle, en criant que c’était un sale arabe, qu’il n’avait rien à faire ici. Les deux semaines qui ont suivi ont été très compliquées pour Joris. Et puis lundi, on l’a retrouvé dans une bâche au sommet de la colline à côté de chez lui. Il s’était tiré une balle avec la chevrotine de son père", souffle son oncle.

Selon Me Élise Rey-Jacquot, une femme aurait contacté la famille après l'appel à témoins. Sa fille, qui aurait assisté à la scène, a affirmé avoir vu Joris être déshabillé puis humilié publiquement par un groupe de personnes lors de cette soirée.

Une plainte déposée

Les parents de Joris ont déposé une plainte pour harcèlement aggravé par le suicide.

Leur avocate demande que toutes les investigations soient menées avec une totale objectivité et a sollicité que l'enquête soit confiée à une autre brigade, estimant que dans une petite commune où « tout le monde se connaît », les conditions peuvent être complexes. L’entourage du jeune homme et leur conseil craignent que la réputation de ces sportifs très connus dans ce secteur rural n’entrave l’enquête.

La famille souhaite désormais que toutes les personnes présentes le soir du 30 juin puissent être entendues.

L'assimilation, un modèle qui montre ses limites ?

Au-delà du drame personnel, l'affaire Joris pose une question plus large sur la place des Français issus de l'immigration dans la société.

Joris n'était pas un jeune homme en marge. Il travaillait, économisait pour acheter une maison, vivait dans un village et était décrit par ses proches comme quelqu'un de sérieux et de discret.

Il portait un prénom français, avait grandi dans la société française et semblait correspondre à l'image d'une intégration et assimilation réussie.

Pourtant, selon sa famille, cela n'a pas empêché qu'il soit régulièrement renvoyé à ses origines.

Cette affaire interroge donc la promesse faite par le modèle assimilationniste, celle selon laquelle l'adoption des codes culturels et sociaux du pays permettrait de dépasser les différences d'origine.

Mais lorsque le faciès, le nom ou les origines continuent d'être utilisés comme marqueurs de distinction, l'assimilation atteint ses limites.

Peut-on réellement parler d'assimilation lorsque le faciès continue, pour certains, à primer sur tout le reste ? Lorsque, malgré une intégration sociale, professionnelle et culturelle, des citoyens Français continuent d'être désignés avant tout comme « des bougnoules » ?

C'est pourquoi nous défendons une organisation communautaire plus forte, nous estimons qu'une communauté organisée peut offrir une protection supplémentaire, qu'elle soit sociale, économique ou physique, en rompant l'isolement et en développant des réseaux de solidarité.

Il ne s'agit pas de rejeter l'intégration dans la société française, mais de constater que, face aux discriminations et au rejet de certains, l'entraide communautaire constitue un moyen de protection et de résilience.

Ils existent déjà plusieurs diasporas fortement structurées, notamment la diaspora chinoise, qui ont su développer des réseaux de solidarité et d'entraide tout en participant pleinement à la vie économique et sociale du pays.

Croire qu’au milieu d’une banalisation croissante de la haine, de la progression continue des extrêmes en 2026, de la polarisation grandissante des opinions et de la montée des discours hostiles à notre égard, la situation pourra disparaître par de simples injonctions morales relève d’une illusion.

Les slogans humanistes ne suffiront pas à protéger une communauté face à des individus ou des groupuscules qui veulent votre extermination. Ce qui est nécessaire aujourd’hui, c’est un sursaut collectif et communautaire : renforcer nos solidarités, notre organisation et notre capacité à nous protéger mutuellement, dès maintenant.

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