« Qu’il crève, ce sale Arabe, vive Le Pen ! » : 18 ans de réclusion pour une tentative de meurtre raciste envers un Algérien

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1/28/20263 min read

La cour d’assises du Bas-Rhin a condamné, mercredi à Strasbourg, Florian Duplouis, âgé de 33 ans, à 18 ans de réclusion criminelle pour une tentative de meurtre aggravée par le racisme. Les jurés ont reconnu le caractère explicitement raciste de l’agression commise le 4 mai 2024 à Geispolsheim, à l’encontre de Nagib Mebarki, un homme d’origine algérienne alors âgé de 41 ans.

Une agression déclenchée par l’usage de la langue arabe

Les faits se sont déroulés dans un hôtel Formule 1 servant de centre d’hébergement d’urgence pour des personnes en situation de précarité, en périphérie de Strasbourg. Ce soir-là, la victime échangeait en arabe avec son cousin dans le couloir de l’établissement. Selon l’enquête, cet élément, conjugué à son origine algérienne et à son surnom de « Marseillais », a suffi à l’agresseur pour se persuader qu’il avait affaire à un « terroriste ».

Dans un accès de violence extrême, Florian Duplouis a alors tailladé la gorge de la victime à l’aide d’un cutter, sur le pas de la chambre 303.

Des propos revendiquant le crime et exaltant la haine

Après l’agression, l’accusé a lui-même alerté les secours, se vantant de son geste. Aux pompiers, puis aux gendarmes venus l’interpeller, il a déclaré :
« J’ai tué un Arabe et je suis fier de moi », ajoutant également « Qu’il crève, vive Le Pen » et affirmant qu’il se rendrait « au tribunal la tête haute ».

Ces propos ont pesé lourdement dans la reconnaissance du mobile raciste, caractérisant un passage à l’acte nourri par une idéologie de haine.

Un racisme assumé et documenté durant l’enquête

L’instruction a mis en lumière une radicalisation raciste profonde et persistante. Depuis sa cellule, Florian Duplouis avait adressé plusieurs courriers à sa mère dans lesquels il dénonçait une France qui « donne tout à des étrangers » et se présentait comme un « bon Français » injustement incarcéré pour s’être défendu contre ce qu’il qualifiait de « sale race ».

Il avait également gravé une croix gammée sur la porte de sa cellule et tenu des propos antisémites d’une extrême violence à l’encontre d’un surveillant pénitentiaire.

Une personnalité jugée dangereuse par l’accusation

À l’audience, l’avocate générale Agnès Robine a insisté sur la « dangerosité persistante » de l’accusé et sur une personnalité décrite comme « psychopathique ». Elle a qualifié les faits de « crime de haine portant atteinte aux valeurs fondamentales de la République », requérant une peine conforme à la gravité de la tentative de meurtre aggravée par le racisme.

La cour a suivi ces réquisitions, estimant que l’acte s’inscrivait dans une logique de violence raciste assumée, bien au-delà d’un simple dérapage.

Une défense axée sur l’alcool et le parcours personnel

Durant le procès, Florian Duplouis a fait usage de son droit au silence. Sa défense, assurée par Me Clarisse Rochette-Monnoury, a évoqué un homme marqué par des violences familiales durant l’enfance, alcoolique depuis l’adolescence, et déjà condamné par le passé pour des faits de violences.

L’avocate a parlé d’une « erreur de jugement » commise dans un état d’ivresse, tout en reconnaissant le caractère « gravissime » de l’agression et le caractère « choquant » des propos racistes tenus par son client.

Une victime décédée, un traumatisme durable

Nagib Mebarki, grièvement blessé et profondément traumatisé par l’agression, n’a pas pu être entendu lors du procès. Il est décédé en juillet 2025, des suites d’une noyade accidentelle dans le Rhin, selon les éléments communiqués à la cour.

Une reconnaissance judiciaire, mais un malaise persistant pour la communauté

Par cette condamnation à 18 ans de réclusion criminelle, la cour d’assises du Bas-Rhin a reconnu le caractère raciste et la gravité extrême d’un acte visant un homme maghrébin en raison de son origine et de sa langue. Si cette peine marque une reconnaissance judiciaire du mobile raciste, elle ne saurait à elle seule dissiper le sentiment d’insécurité durable ressenti par de nombreux Maghrébins, en particulier les plus précaires. Cette affaire rappelle que les violences racistes ne relèvent pas de faits isolés, mais s’inscrivent dans une réalité persistante, appelant non seulement des réponses pénales, mais aussi une prise de conscience collective et institutionnelle à la hauteur des enjeux.