« Qu’il aille au bled se présenter » : à La Seyne, une prise de parole citoyenne déclenche un déferlement raciste

ACTUALITÉS

1/31/20263 min read

À La Seyne-sur-Mer, l’évocation d’une possible implication citoyenne dans le débat municipal a suffi à déclencher une vague de propos racistes sur les réseaux sociaux. Samir Ben Mihoub, entrepreneur de 36 ans et responsable associatif local, a annoncé son intention de déposer plainte après la publication de centaines de commentaires haineux visant ses origines.

Le 20 janvier, un article de Var-Matin relayait les propos de Samir Ben Mihoub, qui indiquait qu’une neuvième liste pourrait émerger lors des prochaines élections municipales si aucune réponse politique n’était apportée aux préoccupations des habitants. Il n’annonçait ni candidature officielle, ni décision arrêtée, mais évoquait une hypothèse d’engagement, conditionnée à l’absence de solutions concrètes.

Des attaques racistes, aucune critique politique

À la suite de la publication de l’article, les réseaux sociaux ont été inondés de commentaires visant non pas les idées exprimées, mais l’identité de l’intéressé. Parmi les propos recensés :

  • « Encore un nom bien français »

  • « Il n’y a que des beurs maintenant »

  • « Qu’il aille au bled se présenter »

  • « Et puis quoi encore, on mangera du couscous à l’école et on apprendra l’arabe à la maternelle »











À aucun moment, les auteurs de ces messages ne se sont attaqués au fond de la réflexion exprimée, ni au parcours professionnel ou associatif de Samir Ben Mihoub. L’ensemble des commentaires se concentrait sur son patronyme, ses origines supposées et des projections idéologiques sans lien avec ses propos.

Une parole sortie de son contexte

« Je n’ai jamais annoncé de candidature », rappelle l’intéressé. « J’ai simplement expliqué que, face à l’absence de réponses politiques pour les habitants, il fallait peut-être envisager d’autres formes d’engagement citoyen. »

Fondateur de l’association Univers-Cité, spécialisée dans le tutorat scolaire, et déjà impliqué dans la vie locale, Samir Ben Mihoub dit avoir été surpris par l’ampleur de la réaction. Près de cinq cents commentaires ont été publiés sous l’article, dont une grande partie relève clairement de l’injure raciste, un délit puni par la loi.

Dépôt de plainte annoncé

Face à la nature des propos tenus, Samir Ben Mihoub a décidé d’engager des démarches judiciaires.
« Il ne s’agit pas d’un débat politique virulent, mais d’insultes raciales caractérisées. Ce type de messages ne peut pas être banalisé », explique-t-il.

Il souligne également que cette séquence illustre un climat de plus en plus décomplexé sur les réseaux sociaux, où l’expression d’une opinion ou d’une hypothèse politique par un citoyen suffit à déclencher des appels à l’exclusion.

Un schéma désormais récurrent

Cette affaire intervient quelques semaines après d’autres épisodes similaires, notamment celui de Zaïd, nourrisson visé par des insultes racistes peu après sa naissance à la suite d’un article de presse locale. Là encore, aucune action, aucun propos politique : uniquement une existence rendue visible.

Ces séquences successives mettent en lumière un mécanisme récurrent : lorsqu’un citoyen d'origine Maghrébine devient visible dans l’espace public, le débat bascule rapidement de la politique vers l’assignation identitaire.

Une alerte pour le débat local

Au-delà du cas personnel de Samir Ben Mihoub, cette affaire pose une question plus large : celle de la capacité du débat à intégrer toutes les voix sans que certaines soient immédiatement disqualifiées sur la base de leur origine.

Exprimer une idée, même hypothétique, sur l’avenir politique d’une commune ne devrait jamais ouvrir la porte à des injures racistes. Samir Ben Mihoub l’affirme clairement : sa démarche judiciaire vise avant tout à rappeler ce principe élémentaire.