« Pêche aux bicots » : une policière d’origine maghrébine dénonce un climat raciste au sein de la BAC de Nice

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3/26/20263 min read

Une policière affectée à la brigade anti-criminalité (BAC) de Nice a déposé plainte le 5 février 2026 auprès du tribunal judiciaire de Nice. L’information, révélée par StreetPress, a conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire confirmée par le parquet de Nice. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie.

La plainte vise des faits particulièrement graves : harcèlement moral, discrimination, violences volontaires sur mineur, faux en écriture publique et usage de faux, atteinte à la liberté individuelle, menaces, abus d’autorité et violation de domicile par personne dépositaire de l’autorité publique.

Une arrivée marquée par des interrogations sur ses origines et sa religion

La plaignante, identifiée sous le prénom de Chaïma, est brigadière-cheffe originaire de la région lilloise. Elle rejoint en septembre 2024 le groupe « Jour B » (JB), l’un des quatre groupes de la BAC niçoise. Elle y est alors la seule fonctionnaire d’origine maghrébine parmi douze agents.

Une semaine avant son arrivée, son futur chef de groupe l’aurait contactée pour l’interroger sur sa religion et ses pratiques : port du voile, prière, ramadan.

Un « climat ouvertement raciste » au sein de l’unité

Selon les éléments de la plainte consultés par StreetPress, Chaïma aurait été confrontée dès son arrivée à un environnement marqué par des propos racistes récurrents. Certains collègues désigneraient régulièrement les personnes maghrébines par des insultes et répéteraient « coupable, coupable » lors de contrôles visant ces personnes.

Une capture d’écran WhatsApp datée du 7 janvier 2025, également consultée par le média, fait état d’échanges entre policiers. Alors qu’un agent évoque une intervention en parlant de « pêche aux canards », un autre répond : « C’est bon ça, la pêche aux bicots ». Le chef de groupe et son adjoint auraient assisté à cet échange sans réagir.

Discriminations, surveillance et mise à l’écart

Avant même son arrivée à Nice, à Tourcoing, un supérieur se serait moqué de son prénom à consonance maghrébine dès sa première nuit de service. Mais selon la plaignante, la situation se serait aggravée au sein de la BAC niçoise.

Elle évoque une surveillance constante, l’interdiction de parler arabe avec les victimes, ainsi que le refus de congés de Noël au motif qu’elle « n’est pas catholique ». Le compte Facebook de son chef contiendrait par ailleurs plusieurs publications à caractère raciste, telles que : « Ici c’est la France, c’est pas le Bled ».

Depuis le 29 juillet 2025, la fonctionnaire de 38 ans est en arrêt de travail pour syndrome de stress post-traumatique.

Des violences dénoncées lors d’une interpellation

La policière accuse également certains collègues de violences lors d’une interpellation survenue en juin 2025 dans le quartier des Moulins. Un adolescent algérien de 16 ans, interpellé, aurait été frappé au sol sans opposer de résistance. Chaïma indique être intervenue pour faire cesser les coups.

Une enquête administrative interne aurait été ouverte à la suite de ces faits.

Une hiérarchie mise en cause et des suites controversées

Selon StreetPress, cette enquête interne aurait reconnu l’existence de propos discriminatoires et conduit au départ du chef de groupe en mars 2025. Toutefois, aucune sanction disciplinaire n’aurait été prononcée à son encontre.

Depuis, celui-ci serait devenu délégué départemental du syndicat Unité-SGP et aurait été décoré quatre mois après sa nomination, en présence du préfet.

L’avocat de la plaignante, dénonce un mécanisme plus large : « Comme c’est le cas dans la plupart des affaires où des policiers dénoncent des actes illégaux au sein de la police, la hiérarchie tente de les faire taire en les marginalisant et en les sanctionnant ».

Il estime également que cette affaire met en lumière « un processus d’impunité et de harcèlement des policiers qui dénoncent, en lien entre la hiérarchie policière, le ministère public et les syndicats de police ».

Une affaire révélatrice d’un malaise profond

Actuellement en arrêt maladie, Chaïma n’a pas souhaité s’exprimer publiquement.

Désormais entre les mains du parquet de Nice et de l’IGPN, cette affaire soulève des interrogations majeures sur les discriminations internes au sein des institutions, mais aussi sur la place et le traitement des agents d’origine maghrébine dans certains services.

Au-delà du cas individuel, elle met en lumière un climat dénoncé comme hostile, où propos racistes, pratiques discriminatoires et absence de sanctions effectives interrogent sur le fonctionnement et les mécanismes de contrôle au sein des forces de l’ordre.