« “Ligature des trompes aux bougnoules” : à Migennes, le racisme anti-Maghrébins banalisé par le maire
« Sauvons la France, ligature des trompes aux bougnoules » : des inscriptions ouvertement racistes ont été découvertes à Migennes, dans l’Yonne. Malgré leur caractère explicitement haineux, le maire François Boucher a décidé de ne pas porter plainte, qualifiant le graffiti d’« insignifiant ».
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À Migennes, dans l’Yonne, des inscriptions visant directement les Maghrébins ont été découvertes sous la D377, rue Léo-Lagrange, à proximité de la baignade municipale.
Sur le mur, plusieurs messages ont été inscrits, dont : « Sauvons la France, ligature des trompes aux bougnoules », ainsi que « dehors les bougnoules ».
Des propos qui ne relèvent pas d’une simple dégradation ordinaire. L’un des tags appelle explicitement à la stérilisation des Maghrébines, désignées comme « bougnoules », reprenant un vocabulaire raciste et une logique ouvertement eugéniste.
Le signalement du MRAP
Les inscriptions ont été signalées le mardi 11 août par Agnès Cluzel, présidente du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) de l’Yonne.
La militante a dénoncé la gravité des propos, estimant qu’ils constituaient une forme d’appel à l’eugénisme et qu’ils rappelaient « des heures très sombres de l’Histoire ».
Le MRAP a également annoncé son intention de transmettre le signalement aux procureurs d’Auxerre et de Sens, afin que les autorités judiciaires soient informées et qu'une éventuelle enquête puisse être menée.
De son côté, Taoufik Kor, conseiller municipal d’opposition, a demandé au maire de faire effacer rapidement les inscriptions et surtout de se rapprocher des services de police et de la justice afin qu’une plainte soit déposée contre leurs auteurs.
Le maire refuse de porter plainte
C’est sur ce point que la situation interpelle particulièrement.
Interrogé le vendredi 14 août, le maire de Migennes, François Boucher, a indiqué qu’il ne comptait pas déposer plainte pour ces inscriptions.
L’édile a notamment déclaré que ce n’était « pas quelque chose qui mérite qu’on s’attarde dessus », qualifiant le graffiti d’« insignifiant ».
Selon le maire, il serait préférable de « laisser couler », estimant que donner davantage d’attention au tag reviendrait à donner de l’importance à son auteur.
Pourtant, plusieurs jours après le signalement du MRAP, les inscriptions étaient toujours visibles sur le mur.
François Boucher affirme avoir envoyé sa police municipale constater les faits et explique que le graffiti pourrait disparaître avec le temps. Il précise néanmoins que, si nécessaire, il pourra faire procéder à son effacement.
Un message qui ne peut pas être banalisé
Au-delà de la question de la plainte, cette affaire pose celle de la banalisation des propos racistes dans l’espace public.
« Ligature des trompes aux bougnoules » n’est pas une simple inscription anodine. Il s’agit d’un message visant explicitement les Maghrébins, accompagné d’un appel à empêcher leur reproduction.
Le second message, « dehors les bougnoules », constitue quant à lui une injonction explicite à l’exclusion des Maghrébins, désignés par ce terme raciste.
Qu’un tel contenu puisse rester plusieurs jours inscrit sur un mur accessible au public, à proximité d’un lieu fréquenté par les habitants, est donc grave.
Une inscription raciste n’a pas besoin d’être massive, médiatisée ou accompagnée de violences physiques pour mériter d’être prise au sérieux.
Le racisme anti-maghrébin, une nouvelle fois minimisé
Cette affaire rappelle également une réalité trop souvent observée : les actes visant les populations maghrébines sont parfois minimisés lorsqu’ils prennent la forme de tags, d’insultes ou de messages publiés en ligne.
Pourtant, le racisme ne devient pas moins grave parce qu’il vise les Maghrébins.
La réponse des pouvoirs publics doit être claire : les appels à l’exclusion, à la stérilisation ou à la haine d’une population ne sont pas des « détails ».
À Migennes, les autorités judiciaires pourront déterminer les suites à donner à cette affaire. Mais une chose est certaine : ces inscriptions ne devraient jamais être considérées comme insignifiantes simplement parce qu’elles visent les Maghrébins.
Le racisme visant les Maghrébins reste du racisme. Et il doit être traité comme tel.