« La France, c’est devenu le Maghreb ! » : Charles Benguigui s’en prend aux Maghrébins

Lors d’un débat, le Franco-Israélien Charles Benguigui a multiplié les déclarations visant les Maghrébins de France, allant jusqu’à présenter leur nombre comme un problème. Des propos qui interviennent alors que plusieurs figures médiatiques se revendiquant du sionisme multiplient elles aussi les discours hostiles aux musulmans et aux populations d’origine maghrébine.

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9/27/20264 min read

« La France, c’est devenu le Maghreb ! »

C’est ainsi que Charles Benguigui s’est exprimé lors d’un débat, avant d’enchaîner : « Combien sont-ils par rapport aux nombreux musulmans en France ? »

Et pour justifier cette mise en cause, Benguigui invoque directement l’antisémitisme : « Il y a eu tellement d’actes et d’antisémitisme, comment encore on peut se poser la question ? »

Des propos qui ne désignent plus les auteurs d’actes antisémites mais placent directement dans le débat le nombre de Maghrébins présents en France et le « Maghreb », comme si être Musulman ou originaire du Maghreb constituait en soi un élément à charge.

Quand le « Maghreb » devient un épouvantail

L’expression employée par Charles Benguigui est particulièrement révélatrice : « La France, c’est devenu le Maghreb ! »

Pourquoi le Maghreb devrait-il être utilisé comme un repoussoir ? Pourquoi la présence de Français d’origine algérienne, marocaine ou tunisienne serait-elle spontanément associée à une menace ?

Et surtout, pourquoi répondre à une question sur l’antisémitisme en demandant combien il y aurait de Juifs « par rapport aux nombreux maghrébins en France » ?

Le procédé revient à installer une opposition entre deux populations et à présenter implicitement le poids démographique de l’une comme un problème pour l’autre.

Cette rhétorique n’est malheureusement plus isolée dans les médias. Certaines personnalités et certains militants se revendiquant explicitement du sionisme tiennent régulièrement des discours extrêmement hostiles aux Musulmans et aux Maghrébins, notamment depuis le 7 octobre 2023 et le génocide en cours à Gaza.

Des discours dans lesquels les Maghrébins deviennent tour à tour une menace démographique, culturelle, sécuritaire ou civilisationnelle.

Il faut pouvoir le dénoncer clairement, combattre l’antisémitisme ne constitue pas un permis pour alimenter la haine anti-maghrébine ou anti-musulmane.

Une mémoire historique particulièrement sélective

Cette manière d'opposer Musulmans, Maghrébins et Juifs est d’autant plus frappante lorsqu’on regarde l’histoire des populations séfarades.

Après la Reconquista et l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, le Maghreb fut surtout une terre de refuge pour de nombreux Juifs séfarades chassés d’Espagne et du Portugal. Alors qu’ils étaient persécutés et expulsés d’Europe, des communautés juives purent trouver refuge en Afrique du Nord, notamment au Maroc, en Algérie et en Tunisie, où elles s’installèrent durablement

Présenter aujourd’hui le « Maghreb » comme un repoussoir est donc particulièrement paradoxal lorsqu’on connaît cette histoire : le Maghreb fut précisément l’une des terres où des populations séfarades persécutées et expulsées de la péninsule Ibérique trouvèrent refuge et purent reconstruire leurs communautés.

Même durant la Seconde Guerre mondiale, des musulmans ont participé au sauvetage de Juifs.

En France, l’imam Abdelkader Mesli, lié à la Grande Mosquée de Paris, participa notamment à la délivrance de certificats permettant à des Juifs de dissimuler leur identité. Résistant, il fut finalement arrêté par la Gestapo puis déporté.

D’autres récits concernent le rôle de la Grande Mosquée de Paris et de son recteur Si Kaddour Benghabrit.

Cette histoire mérite au minimum d’être rappelée lorsque les suprémacistes sionistes cherchent aujourd’hui à déverser leur haine et ingratitude envers les Maghrébins et Musulmans.

Les fausses agressions aussi existent

Charles Benguigui invoque le nombre d’actes antisémites pour légitimer son raisonnement.

Mais l’antisémitisme impose justement de regarder chaque affaire avec sérieux plutôt que d’utiliser indistinctement chaque accusation pour pointer du doigt les Maghrébins et les Musulmans.

Plusieurs affaires présentées publiquement comme des agressions antisémites se sont révélées mensongères.

L’un des exemples les plus retentissants reste celui du RER D en 2004.

Une jeune femme avait affirmé avoir été agressée par plusieurs hommes, certains décrits comme maghrébins, qui auraient notamment tracé des croix gammées sur son corps. L’affaire avait provoqué une réaction politique et médiatique considérable. Elle avait finalement reconnu avoir entièrement inventé l’agression.

En 2015, à Marseille, un enseignant avait également affirmé avoir été victime d’une attaque antisémite au couteau commise par plusieurs maghrébins se revendiquant de Daech. Là encore, l’enquête avait conclu à une dénonciation mensongère et l’homme avait ensuite été condamné.

Plus récemment, en 2025, Nancy S, pendant plusieurs mois, s’était présentée comme victime de croix gammées, étoiles de David, inscriptions antisémites et menaces de mort dans son immeuble du XIe arrondissement. Une caméra installée dans l’immeuble l’a finalement mise en cause. En mai 2025, le tribunal judiciaire de Paris l’a déclarée coupable de dégradations à caractère antisémite et de dénonciation mensongère et l’a condamnée à deux ans et demi de prison, dont un an ferme.

Ces mensonges ne font évidemment pas disparaître les véritables actes antisémites. En revanche, ils montrent précisément pourquoi une accusation ne devrait jamais servir de prétexte pour désigner immédiatement toute une population.

Et lorsque des Maghrébins ou des Musulmans sont publiquement mis en cause dans une affaire qui s’avère ensuite inventée, ceux qui avaient immédiatement instrumentalisé leur origine devraient faire preuve de la même énergie pour rétablir les faits.

Benguigui devrait dénoncer les auteurs, pas une population

C’est finalement toute la contradiction du discours de Charles Benguigui. S’il souhaite dénoncer l’antisémitisme, qu’il dénonce les auteurs d’actes antisémites. S’il souhaite commenter les statistiques, qu’il s’appuie sur les faits et les auteurs identifiés.

Mais « La France, c’est devenu le Maghreb » et « Combien sont-ils par rapport aux nombreux musulmans en France ? » ne désignent aucun auteur d’une agression antisémite.

Ces phrases désignent une population. Elles installent l’idée que les Maghrébins seraient un problème et transforment le Maghreb en repoussoir.

Et tandis que certains discours médiatiques sioniste appellent aujourd’hui à toujours davantage de confrontation et développent une hostilité explicite envers les Maghrébins et les Musulmans, il serait peut-être temps de rappeler une évidence : l’antisémitisme et le suprémacisme sioniste ne sauraient servir de prétexte à la stigmatisation collective des Maghrébins et des Musulmans.

Charles Benguigui devrait donc dénoncer les individus responsables d’actes antisémites, y compris ceux qui inventent de telles agressions et contribuent à jeter artificiellement la suspicion sur d’autres communautés, plutôt que de faire du « Maghreb » et des « nombreux Maghrébins en France » le sujet de son réquisitoire.

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