« J’aurais pu sauver le papa » : à 12 ans, Hisham sauve une fillette d’une noyade à Bédanne
Mercredi 27 mai 2026, un homme de 38 ans meurt noyé au lac de Bédanne, à Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime), en pleine affluence liée à une vague de chaleur. Avant ce drame, Hisham, un enfant d'origine maghrébine agé de 12 ans, parvient à sauver sa fille de 11 ans. Mais depuis cet événement, l’adolescent affirme vivre avec une idée obsédante : le décès aurait pu être évité si ses alertes avaient été prises au sérieux.
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En ce milieu d’après-midi, Hisham se rend à la base de loisirs avec deux amis, accompagné de sa mère, pour profiter de la baignade comme de nombreuses familles.
Alors qu’il se trouve près des bouées délimitant la zone autorisée, il remarque une fillette en difficulté, incapable de maintenir sa tête hors de l’eau. Il interpelle immédiatement les personnes autour de lui, sans obtenir de réaction.
Face à l’urgence, il décide d’intervenir lui-même.
« Sa tête était vraiment sous l’eau, alors j’ai lâché la bouée et je suis allé la chercher », raconte-t-il.
Avec l’aide de ses amis, il parvient à ramener l’enfant sur la plage et à la remettre à sa mère.
Une alerte ignorée par les adultes présents
C’est à ce moment que la situation bascule. La mère de la fillette explique que le père se baignait également, sans savoir nager.
Pour Hisham, la conclusion est immédiate : l’homme est probablement en train de se noyer à proximité. Il alerte alors les adultes présents ainsi que des membres de la sécurité.
« J’ai dit qu’il fallait aller voir là où la petite fille était en difficulté. Je voulais retourner vérifier, mais ils ne m’ont pas écouté », explique-t-il.
Selon son témoignage, ses appels sont non seulement ignorés, mais minimisés. Il affirme même avoir été physiquement repoussé.
« Il y a quelqu’un qui a mis sa main sur ma tête pour me repousser », assure le garçon.
Un sauvetage tardif et un constat brutal
Une trentaine de minutes plus tard, les secours arrivent sur place. Les pompiers localisent un homme tombé dans une zone profonde et irrégulière du plan d’eau.
La victime est retrouvée en arrêt cardiorespiratoire et déclarée décédée sur place par le Smur.
« Ils l’ont retrouvé exactement là où je disais qu’il fallait regarder », confie Hisham, encore marqué.
Pour lui, l’issue est difficile à accepter :
« J’étais triste parce que s’ils m’avaient écouté, on l’aurait sauvé. Ça reste dans ma tête. Je me dis que j’aurais pu sauver le papa. »
Une contestation sur la prise en compte de la parole d’un enfant
Sa mère, Sofia, partage ce constat et estime que l’âge de son fils a joué un rôle déterminant dans le fait qu’il n’ait pas été pris au sérieux.
« C’est clair et net qu’ils ne l’ont pas pris au sérieux parce que c’est un enfant », affirme-t-elle.
Elle soulève également une incohérence structurelle : la base était ouverte, fréquentée, mais la baignade n’était pas surveillée.
Une base de loisirs jugée à risque et insuffisamment encadrée
Ce jour-là, la baignade était interdite, comme l’a rappelé la mairie de Tourville-la-Rivière, mais le site restait accessible au public.
Une situation que la mère de famille juge incohérente :
« Soit on ouvre et on met des maîtres-nageurs, soit on n’ouvre pas. »
Le site, une ancienne carrière transformée en lac, est connu pour sa dangerosité. Les professionnels évoquent une profondeur irrégulière, des ruptures brutales de fond et une visibilité réduite.
Un responsable de la base reconnaît lui-même les risques :
« Oui, la zone est dangereuse. On peut passer de quelques centimètres à plusieurs mètres très rapidement. »
Les secours confirment également la complexité du terrain, avec des variations de profondeur importantes et des zones difficiles à anticiper.
Une question centrale : l’écoute et la responsabilité sur site
Sa mère s’interroge sur le rôle des agents présents sur place, en l’absence de surveillance de baignade effective : « S’il n’y a pas de sauveteurs et que la baignade est interdite, les agents devraient empêcher l’accès à l’eau. »
Dans l’attente d’éclaircissements sur les conditions exactes de l’intervention des secours et de la gestion du site ce jour-là, Hisham reste convaincu d’une chose : son alerte aurait dû être entendue.