« Cheval de Troie », « crouille », appels à « s’en débarrasser » : le juge Youssef Badr ciblé par une campagne de haine raciste après la condamnation d’Erik Tegnér
De nombreux internautes s'en prennent au magistrat en raison de ses origines plutôt qu'à la décision de justice elle-même
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La condamnation d’Erik Tegnér à six mois de prison avec sursis pour avoir diffusé l’identité d’avocats qui avaient ensuite été la cible de menaces de mort a déclenché une vague de réactions particulièrement virulentes sur les réseaux sociaux.
Parmi les personnes prises pour cible figure le magistrat Youssef Badr, président du tribunal correctionnel de Bobigny ayant rendu la décision. Dans les heures qui ont suivi le jugement, de nombreux internautes ont délaissé toute critique juridique du verdict pour s’attaquer directement au juge en raison de son nom et de ses origines.
« Cheval de Troie », « crouille », « consanguin marocain »
Les messages recensés font apparaître un nombre important d’insultes et de commentaires à caractère raciste.
Plusieurs internautes ont ainsi qualifié le magistrat de « cheval de Troie » et affirmé qu'il n'aurait pas sa place au sein de l'institution judiciaire française.
D'autres l'ont directement désigné comme une « crouille » ( terme raciste pour désigner un Maghrébin) , tandis que plusieurs publications le qualifiaient de « consanguin marocain ». Certains messages racistes affirmaient également qu'il appliquerait « la charia » plutôt que le droit français.
« Des Arabes qui condamnent des Français »
Au-delà des insultes, plusieurs commentaires remettent explicitement en cause la légitimité même d'un magistrat français issu de l'immigration maghrébine à exercer ses fonctions.
Des internautes se sont ainsi indignés de voir, selon leurs propres termes, « des Arabes condamner des Français », faisant de son origine marocaine un argument central de contestation de la décision judiciaire.
D'autres réclament sa déchéance de nationalité ou son exclusion de la magistrature, considérant qu'il ne serait pas pleinement légitime à représenter l'autorité judiciaire française.
Une exposition publique alimentant le harcèlement
Plusieurs comptes ont également relayé son identité dans des publications hostiles, accompagnées de commentaires appelant à « s'en débarrasser » ou encourageant leur audience à se mobiliser contre lui.
Cette mise en exposition publique intervient de manière particulièrement paradoxale alors même que l'affaire ayant conduit à la condamnation d'Erik Tegnér concernait précisément la diffusion d'informations nominatives ayant exposé des avocats à des menaces et à des campagnes de harcèlement.
Une nouvelle illustration du racisme visant les citoyens d'origine maghrébine
Cette séquence démontre une réalité récurrente, lorsqu'un Français d'origine Maghrébine occupe une haute fonction, les groupuscules racistes ne contestent plus seulement ses décisions, mais sa présence même au sein des institutions.
Le débat ne porte alors plus sur le droit, les faits ou les arguments juridiques. Il se déplace vers l'origine, le nom ou les appartenances ethniques et religieuses de la personne visée.
Les dizaines de messages recensés contre Youssef Badr montrent ainsi comment une décision de justice peut servir de prétexte à la diffusion d'injures racistes et à la remise en cause de la citoyenneté.



