« C’était inhumain. Même à un chien, on ne fait pas ça » : Toufik, 34 ans, autiste et sourd, passé à tabac par la police
Interpellé avec une violence inouïe dans un parc de la Drôme, ce jeune homme lourdement handicapé a subi des coups et un déni total de ses droits. Alors que l'institution policière a tenté de le criminaliser dans les médias, la justice n'a retenu aucune charge contre lui.
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Le vendredi 24 avril, vers 17h15, le quotidien de Toufik a basculé dans l'horreur. Ce jeune homme de 34 ans, autiste, atteint d’une atrophie cérébrale et sourd, a été violemment jeté à terre par les forces de l’ordre alors qu’il circulait à vélo dans un parc de Portes-lès-Valence. Habitué des lieux, décrit par l'ensemble des riverains comme un homme poli, bienveillant et profondément apprécié, Toufik a été traité avec une cruauté indicible.
Ménagé par sa famille pour raconter son calvaire, il mime aujourd'hui ses traumatismes : des menottes, des policiers qui le traînent, des coups à la tête, aux épaules, au dos, et une sensation d'étouffement mortel.
L'origine de l'intervention ? Le signalement totalement infondé d'une mère de famille qui a pris peur face aux traits de handicap de Toufik, confondant ainsi une démarche purement innocente et un simple « bonjour » de courtoisie avec une menace potentielle.
Le déchaînement de violence : un plaquage ventral sur un homme inoffensif
L'intervention, menée par la brigade motorisée des gendarmes et la police nationale de Valence, s'est déroulée devant un parc bondé. Onze attestations de témoins directs décrivent une scène d'une brutalité disproportionnée face à un homme totalement inoffensif.
Quatre policiers ont maintenu Toufik au sol en appliquant la technique du plaquage ventral, écrasant leur genou sur son dos et son cou au point de bloquer ses voies respiratoires. Les témoins rapportent des violences physiques gratuites, notamment des coups de poing violents dans le dos, tandis que son visage était traîné contre le sol.
Sous la violence des impacts, ses équipements médicaux ont été détruits : l'un de ses appareils auditifs a été brisé et l'autre a été projeté loin dans les buissons, plongeant instantanément Toufik dans un silence total et terrifiant.
« C’était inhumain. Même à un chien, on ne fait pas ça », s'indigne Lucie, une témoine hospitalière présente sur les lieux avec son fils.
Le mur du silence : 40 heures de calvaire en garde à vue
Malgré les interventions immédiates des passants et des enfants du quartier qui ont hurlé aux policiers que Toufik était lourdement handicapé, les agents ont fait bloc. Un policier armé d'une bombe lacrymogène a menacé la foule pour l'empêcher d'approcher et de filmer davantage.
Le père de Toufik, Youcef, arrivé sur place, s'est vu répondre avec cynisme par un agent de la brigade motorisée : « C'est moi qui l'ai frappé ». Lors de l'embarquement, un policier a refermé la porte du fourgon directement sur le pied du jeune homme, restant sourd aux supplications de sa sœur jumelle, Meriem.
Toufik a ensuite été placé pendant 40 heures en garde à vue, dans le noir complet, terrorisé, sans ses appareils auditifs et donc dans l'incapacité totale de comprendre ce qui lui arrivait. Pendant ce temps, le commissariat a purement et simplement refusé de prendre la plainte de la famille venue les alerter sur son handicap à 80 %.
La garde à vue n'a été levée le dimanche matin que parce que le médecin psychiatre requis par le parquet l'a déclaré totalement irresponsable pénalement et inapte à la détention.
La machine à salir : le syndicat Alliance et la presse locale complices du mensonge
Pendant que Toufik était enfermé et privé de ses droits, la machine médiatico-policière s'est mise en branle pour inverser les rôles et le criminaliser. Les syndicats de police et la préfecture ont immédiatement fait fuiter leur version fallacieuse dans les médias locaux.
Le secrétaire départemental du syndicat Alliance Drôme a ainsi osé dénoncer un « déferlement de violence inadmissible » en accusant Toufik d'avoir agressé les policiers et d'avoir « mordu l'un d'eux jusqu'au sang », bien que le fonctionnaire concerné n'ait reçu aucune incapacité temporaire de travail. L'avocat de la famille, Me Romaric Chateau, rappelle une évidence : si morsure il y a eu, il s'agit d'un pur acte de défense réflexe d'un homme qu'on asphyxie au sol.
Aujourd'hui, aucune charge ne pèse sur Toufik et aucune plainte n'a été retenue contre lui, ce qui prouve le mensonge de la version policière. Face à cette campagne de calomnie, la famille a déposé une plainte pour diffamation publique.
Séquelles physiques et traumatismes psychologiques profonds
Les constatations médicales établies à sa sortie de garde à vue sont accablantes et ont donné lieu à huit jours d'arrêt de travail ainsi qu'à de six jours d'ITT pour Toufik. Les certificats médicaux attestent la présence de contusions multiples au visage et aux épaules, ainsi que d'hématomes cutanés profonds au niveau des pectoraux et des bras. Le jeune homme souffre également de griffures et de lacérations sur le thorax, les poignets et les genoux, et présente une dent cassée qu'il montre aujourd'hui du doigt.
Au-delà des blessures physiques, les traumatismes psychologiques sont profonds. Autrefois enjoué, Toufik souffre d'une anxiété sévère, fait des cauchemars et sursaute au moindre bruit. Il a désormais peur de sortir seul de chez lui. Lorsqu'il a croisé la police municipale, avec qui il avait pourtant l'habitude de prendre le café, Toufik s'est recroquevillé de terreur, obligeant une agente à le prendre dans ses bras pour le rassurer.
La quête de justice face au mépris du parquet
La famille de Toufik a officiellement déposé plainte le 29 avril auprès du procureur de la République de Valence pour violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique et atteinte aux droits fondamentaux d’une personne handicapée. L'IGPN a également été saisie, et l'association APF France Handicap a apporté son soutien officiel en encourageant la saisine du Défenseur des droits.
Face à la gravité des faits, le procureur de la République de Valence a choisi le mépris, refusant de répondre aux journalistes en remettant en cause leur légitimité. Mais la détermination de la famille reste entière. Entouré par ses proches et ses camarades de l'association GEM éCLAIR, Toufik tente de se reconstruire, notamment par des ateliers de théâtre. Sa mère, habitée par l'angoisse de ces 40 heures de silence, résume l'état d'esprit de la famille : « Tout ce qui m'importe, c'est que j'ai retrouvé mon fils vivant ».

